RADIO UNIVERS

" Et voici cette brèche ouverte par un son, un rapport de mots, une liaison d'images,
qui permet de voir là où on ne faisait que regarder.
De respirer là où on ne faisait que discourir"

Lorand Gaspar (Approche de la parole)


"...une petite musique va et vient, toujours l'écart nous tente..."


L'EMETTEUR à ROCHEFORT (CUGUEN)


LES STUDIOS (CUGUEN)



Survivance des lucioles

(22/08/2011)

« Les lucioles, il ne tient qu'à nous de ne pas les voir disparaître. Or, nous devons, pour cela, assumer nous-mêmes la liberté du mouvement, le retrait qui ne soit pas repli, la force diagonale, la faculté de faire apparaître des parcelles d'humanité, le désir indestructible. » écrit Didi-Huberman qui convoque aussi Agamben, Benjamin, Michaux pour se faire mieux comprendre…
Pour Agamben, il n’y a de contemporain que ce qui apparaît " dans le déphasage et l’anachronisme " par rapport à tout ce que nous percevons comme notre "actualité" . Et  « l’homme moderne rentre chez lui le soir épuisé par un fatras d’évènements – divertissants ou ennuyeux, insolites ou ordinaires, agréables ou atroces - sans qu’aucun d’eux se soit mué en expérience. C’est bien cette impossibilité où nous sommes de la traduire en expérience qui rend notre vie quotidienne insupportable, plus qu’elle ne l’a jamais été »

Sauf que la chronique justement, c’est chaque évènement  mué en expérience et raconté le mercredi soir. Un jardin désherbé, une réunion de travail,  un concert de Jazz, une panne d’ordinateur, une fosse septique récalcitrante, un souvenir de l’atelier du grand-père cordonnier, une virée dans la Haute-Vienne, une conversation à la cantine, une engueulade, un enterrement, un livre, de nouveaux rideaux à la radio,  une nouvelle chèvre , des colères, des révoltes, des rires…

"le grand conteur s’enracine toujours dans le peuple… Tous les grands conteurs ont en commun l’aisance avec laquelle ils montent et descendent les échelons de leur expérience, comme ceux d’une échelle. Une échelle qui s’enfonce dans les entrailles de la terre et qui se perd dans les nuages : telle est bien l’image d’une expérience collective ", écrit Walter Benjamin et qui déplore : « le cours de l’expérience a chuté »…

Mais on se fiche des valeurs côtées en bourse, et les chroniques-lucioles sont une "  ressource de désir et d'expérience au creux même de nos décisions les plus immédiates, de notre vie la plus quotidienne ", elles nous aident à "tenir en échec les puissances environnantes du monde hostile " (Michaux) et à "organiser le pessimisme" (Benjamin) dans notre tête...