JIM HARRISON

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2016

JIM HARRISON
Le vieux Saltimbanque
Traduction de l'anglais (Etats Unis) de Brice Matthieussent

"Il entra par une porte puis sortit par une autre, située trois mètres en face de la première. Il avait transformé de fond en comble un ancien appartement de cheminot, abattant les cloisons et repeignant les murs. La proximité de ces deux portes lui plaisait. Elle lui donnait l'impression de pouvoir choisir, chose qui lui manquait cruellement dans son vieil âge.
D'autres propriétaires, qui avaient réaménagé des appartements de cheminots, avaient bêtement condamné la porte supplémentaire avant de se convaincre qu'elle n'avait jamais existé. Quand, par pur caprice, il faisait des allers-retours dans le seul but de franchir successivement ces deux portes, il rendait complètement dingue son voisin qui, pour sa part, habitait un coquet bungalow."


JIM HARRISON
Péchés capitaux
Traduction de l'anglais (Etats Unis) de Brice Matthieussent

"Sunderson avait une dizaine d'années quand il contracta une angine accompagnée d'une forte fièvre. Le dimanche matin, il dut pourtant se rendre au service luthérien. Sa mère repérait de loin les simulateurs et seule Berenice, qui s'était cassé la jambe au toboggan, avait récemment réussi à échapper au temple. Ce fut affreusement ennuyeux, d'autant que cette semaine-là le pasteur avait fait venir d'Escanaba un confrère à la voix beaucoup trop tonitruante pour permettre à Sunderson de somnoler. Il pensa aux saucisses et aux pancakes qu'il dégusterait à la maison après le service religieux, et à la partie de pêche à travers la glace qu'il ferait peut-être avec son père dans l'après-midi. La voix grave et tonnante de l'homme de Dieu égrena les Sept Péchés Capitaux : l'orgueil, l'avarice, l'envie, la luxure, la gourmandise, la colère et la paresse. Durant le trajet du retour dans leur vieille Plymouth aux ailes et aux pare-chocs rouillés et brinquebalants, il demanda à voix haute ce que signifiait « la luxure ». Son père déclara : « Tu le découvriras quand tu auras quatorze ans », l'une de ces réponses typiques où la vie tout entière se retrouvait otage de l'avenir."

2015



2014

JIM HARRISON
Nageur de rivière
Traduction de l'anglais (Etats Unis) de Brice Matthieussent

 

"L'odeur de l'ail et de la sauce tomate, les cuisses de Lydia, le soleil mouchetant le patio sous le saule, tout cela l'émut et le convainquit de boire une longue gorgée."


JIM HARRISON
Grand Maître
Traduction de l'anglais (Etats Unis) de Brice Matthieussent

 

"D'habitude il avait toute la spontanéité du fil barbelé."

"Quand il se leva, il découvrit avec étonnement qu'un groupe d'une dizaine de corbeaux s'étaient réunis sans bruit dans les arbres derrière lui. Quand l'un deux croassa, il croassa en retour. Ces échanges de croassements se poursuivirent tout le long de son trajet dans le goulet de la rivière et jusqu'au lac. Son père lui avait appris de bonne heure à parler aux corbeaux, car ils adoraient ça et ils lui tenaient compagnie lors de ses promenades en forêt."


2011

2010

JIM HARRISON
Les Jeux de la nuit
Traduiction de l'anglais (Etats Unis) de Brice Matthieussent

"Elle était née bizarre, du moins le croyait-elle. Ses parents avaient mis de la glace dans son âme, ce qui n'avait rien d'exceptionnel. Quand tout allait bien, cette glace semblait fondre un peu ; mais quand tout allait mal, la glace gagnait du terrain. Elle s'appelait Sarah Anitra Holcomb."


JIM HARRISON
Une odyssée américaine
Traduction de l'anglais (Etats Unis) de Brice Matthieussent

 

"Quand nous avons franchi la frontière du Dakota du Sud en dessous de Fort Yates, Marybelle a déclaré en blaguant que je lui donnais l'impression d'être resté sur le même parking pendant vingt-cinq ans. Je me suis senti légèrement vexé et, lorsque nous nous sommes arrêtés pour enterrer la pièce du puzzle consacrée au Dakota du Nord sous une pierre dans un paysage austère, mon esprit est retourné quarante ans en arrière, à l'époque où mon cerveau était si vivant que je réussissais à peine à trouver le sommeil. Peut-être que mon cerveau s'était adjoint trois estomacs, comme les vaches ruminantes, ralentissant ainsi considérablement le processus de la pensée. "


2008


2007

JIM HARRISON
retour en terre

Traduction de l'anglais (Etats Unis) de Brice Matthieussent

 

"Alors les corbeaux qui volaient au-dessus de lui l'ont sans doute averti, car il s'est dressé sur ses pattes arrière et il a émis un grondement sourd. Je sais que Clare et moi avons pensé la même chose : Est-ce lui ? Est-ce lui? Est-ce Donald qui nous salue, qui nous adresse son ultime adieu? l'ours nous a regardées et Clare a serré ma main. Puis il a franchi la colline en trottinant, ainsi que nous devons tous le faire."


JIM HARRISON
l'été où il faillit mourir

Traduction de l'anglais (Etats Unis) de Brice Matthieussent

"En tant que romancier et poète, j'ai souvent pensé que je transportais avec moi une fenêtre afin de regarder ce que je souhaitais regarder, que ma vocation consistait à devenir cette fenêtre pour proposer une vision peut-être unique et esthétiquement agréable, quelle que soit l'horreur du paysage humain. "


2005

2004

JIM HARRISON
de marquette à veracruz
Traduction de l'anglais (Etats Unis) de Brice Matthieussent

"Alors je me suis mis à couler, non pas comme un fleuve, mais du moins à la manière d'un modeste affluent qui serait sorti d'une forêt en multipliant courbes et méandres. Ensuite, j'ai mis quelques jours à reconnaître là un état d'effondrement serein."


2002

JIM HARRISON
En marge
Traduction de l'anglais (Etats Unis) de Brice Matthieussent

"Ma vie aurait pu être différente, mais ça n'a pas été le cas."

"Quand on y pense, nos prétendues guerres indiennes ont été au sens strict de simples conquêtes et opérations immobilières. Tous ces biens font l'objet d'une expropriation immédiate. Beaucoup plus tard, c'est Bertolt Brecht qui a dit que, ceux que nous voulons détruire, nous les appelons d'abord sauvages."


JIM HARRISON
aventures d'un gourmand vagabond

Traduction de l'anglais (Etats Unis) de Brice Matthieussent

"Cette nuit, je n'ai dormi que d'un oeil"

"La lumière provençale est diffusée par les montagnes granitiques et ce domaine se trouve suffisamment près de la Méditerranée pour que l’atmosphère violette ait une odeur un peu salée et piquante."

2001


JIM HARRISON
La Route du retour
Traduction de l'anglais (Etats Unis) de Brice Matthieussent

"La cupidité m'a toujours fait l'effet d'un des vices les plus facilement repérables et j'en ai été beaucoup trop longtemps victime."

1998

JIM HARRISON
Une heure de jour en moins
Traduction de l'anglais (Etats Unis) de Brice Matthieussent

" Printemps : abattement,
automne : désespoir,
arrivée de l’hiver
la bruine au cœur
le poney attaché au poteau
téléphonique jour après jour jusqu’à ce qu’il ait
brouté
son cercle d’herbe, puis déplacé vers un autre
poteau,
un autre cercle : loin de s’installer peu à peu,
l’hiver
fond sur la terre,
masse de ciel barattée
en bourrasques grises :
du Manitoba le cerveau dilaté
du nord ; de la chaleur pour le cœur, la tête,
dans les plus petites choses – chaussettes sèches,
seins étranges, un soupçon de soleil
scintille au-dessus des ombres bleues
de la grange. "

 

1998


 "De retour ici, dans les Absarokas, je m’éveille
à ces couloirs de lumière diffuse. Les grizzlis
se sont enfouis sous cette lumière qui tombe sur
la prairie d’altitude, en suivant un canyon
jusqu’au
fond de la vallée où les serpents à sonnette
dorment
aussi jusqu’à la mi-avril. Pendant ce temps nous
voyagerons vers la frontière avec les oiseaux.
Ce soir la lune est enflée et la montagne
que cet été j’ai vue transie d’orage
baigne maintenant dans une brume neigeuse."


1996

JIM HARRISON
L'Éclipse de lune de Davenport

Traduction de l'anglais (Etats Unis) de Jean-Luc Piningre

"C'était lundi matin pour la plupart des gens
et mon cœur était prêt d'exploser selon
mon tensiomètre numérique,
ce qui me fait dire que je ne veux plus bosser
pour être le mineur le mieux payé au monde.
Je veux me maintenir à la surface et aider le héron
qui a du mal à se poser au bord du ruisseau.
Il vieillit et je me demande où il sera une fois mort."


JIM HARRISON
Julip

Traduction de l'anglais (Etats Unis) de Brice Matthieussent

"En fait, je n' était jamais allé à l' ouest de cette énormité humide et alluviale qu'on appelle le Mississippi, un fleuve qui, selon ma fille écologiste, charrie tellement d'immondices qu'en comparaison les eaux déjà répugnantes du Gange ressemblent à du Perrier ."

1994

1990

JIM HARRISON
Entre chien et loup

Traduction de l'anglais (Etats Unis) de Brice Matthieussent

"Les Indiens d'Amérique sont pour moi une véritable obsession, nullement partagée par les habitants de New York ou de Los Angeles, qui préfèrent croupir dans leur vide moral.Les Indiens ressemblent à la bonne poésie; tristement et banalement, nous mourons tous de ne plus entendre ce qu'ils ont à nous dire."


JIM HARRISON
La femme aux lucioles

Traduction de l'anglais (Etats Unis) de Brice Matthieussent

"Grand-père disait toujours que je m'épanouirais sur le tard; j'attends donc encore beaucoup de choses de la vie. J'ai mes propres théories sur ce que les gens appellent l'avenir. Imaginez-vous au lit en train de dormir et de faire des rêves de n'importe qui, avec des poissons, la mort, une agression, une plongée tout au fond de l'océan, l'explosion du monde, la partie cachée des arbres, une séance de baise avec des femmes ou des hommes sans visage, ce genre d'images qui donne l'impression que le monde est un gigantesque fouillis. Ensuite, à votre réveil dans un chalet glacé, vous êtes simplement C.B dans un sac de couchage acheté dix dollars au surplus de l'armée. La première étape consiste à pisser et à préparer du café, ce qui est dans mes cordes, mais personne ne maîtrise sérieusement la suite des événements."

1990

1988

JIM HARRISON
Dalva

Traduction de l'anglais (Etats Unis) de Brice Matthieussent

"C'était cette époque de la vie où l'on veut être comme tout le monde, même si l'on commence à comprendre que ce tout le monde n'existe pas et n'a jamais existé."


 

JIM HARRISON
Théorie et pratique des rivières
Traduction de l'anglais (Etats Unis) de  Pierre-François Gorse

"Art et vie
vide et plein
culpabilité et grâce
cabane et domicile
nord et sud
lutte et paix
après quoi, nous entr'apercevons les étoiles,
la fourrure blanche et scintillante
de la Voie lactée,
entendons l'ours surpris se frayer bruyamment
un chemin dans le delta marécageux au-dessous de moi.
En ces temps troublés
je rentre allumer un feu. "

1985


1981

JIM HARRISON
Sorcier
Traduction de l'anglais (Etats Unis) de Serge Lentz

 " La tempête ayant cassé de grosses branches, deux péquenots avaient eu des crises cardiaques en essayant de réparer les dégâts avant la fin de la tourmente. Diana avait dû se rendre à l’hôpital et, une fois de plus, Sorcier l’imaginait à califourchon sur des poitrines hirsutes, massant les cœurs de ses paumes pour ramener ses malades au royaume des tronçonneuses, du chômage, des enfants sales et des jardins minables disparaissant sous des carcasses de vieilles voitures… pour les ramener à la vie, quoi ! "


JIM HARRISON
Légendes d'automne
Traduction de l'anglais (Etats Unis) de  Sege Lentz

"Durant la nuit, le Texan se mit à parler avec sa mère morte et à déambuler dans la chambre, alternant les rires et les larmes, sans jamais cesser de boire. Il mourut un peu après trois heures du marin et Cochran l’installa dans une position assise afin que la rigidité cadavérique se prête à la forme du siège, dans le camion. Aux premières lueurs de l’aube, il porta le Texan dans la cabine et rabattit le large chapeau sur les yeux du mort. Il quitta l’hacienda en saluant les gardes au passage et alla enterrer le Texan quelques kilomètres plus loin. Obéissant à son dernier souhait, il plaça une grosse pierre plate sur la tombe. Trois vaches éthiques assistèrent à la cérémonie."

1979

1973

JIM HARRISON
Un bon jour pour mourir
Traduction de l'anglais (Etats Unis) de  Sara Oudin

"J'aurais dû me lancer dans l'élevage de canard. Un lot de terre banal, mais tout moucheté de canards. Après avoir tué les canards et les avoir expédié en ville, nous pourrions fabriquer des oreillers avec les plumes, à supposer qu'il y ait un marché pour ça. Comment pouvais-je faire sauter un barrage, alors que je n'avais même pas voté, ce qui était comparativement un acte politique sensé? Sylvia et moi, nous irions voter ensemble, puis nous irions manger dans un Burger Chief. Elle avait une préférence pour les Burger Chief et même si ça ne me plaisait guère je sais que les compromis sont indispensables dans le mariage. Et puis on en aurait marre de bouffer du canard."


JIM HARRISON
Nord Michigan
Traduction de l'anglais (Etats Unis) de  Sara Oudin

"... il alla s'asseoir au bord de l'étang pendant deux longues heures, pour observer les oiseaux et la quiétude de cette immobilité prolongée dans un environnement d'une telle beauté l'amena à se poser des questions fondamentales sur l'humanité. Il s'arrêta à l'idée que la vie n'étais qu'une danse de mort, qu'il avait traversé trop rapidement le printemps et puis l'été et qu'il était déjà à mi-chemin de l'automne de sa vie. Il fallait vraiment qu'il s'en sorte un peu mieux parce que chacun sait à quoi ressemble l'hiver."

 1976

JIM HARRISON
Lettres à Essenine
Traduction de l'anglais (Etats Unis) de Brice Matthieussent

"Elle était sur le toit quand je suis monté vérifier
la texture de la nuit et être en général un poète
ordinaire qui d'un toit d'Alston contemple les gratte-ciel
de Boston. Elle se penchait dans l'ombre contre la corniche
guère solide, sans craindre de devenir aérienne. Son sexe était doux
comme un monticule de poussière de charbon, le tissu
des toiles d'araignées, la tête d'une colombe."

 

1973


1971

JIM HARRISON
Wolf 
Traduction de l'anglais (Etats Unis) de Marie-Hélène Dumas

"Depuis des années maintenant, la terre me paraît hantée. Des bêtes étrangères à toutes classifications zoologiques sévissent en d'indéfinissables configurations. On les appelle gouvernements. Blessures inguérissables faites sur toute la surface de la terre et que recouvre le tissu cicatriciel de notre présence vivante.
Le problème de fond : je ne veux pas vivre dans ce monde mais je veux vivre."


1971

JIM HARRISON
lointains & ghâzals
Traduction de l'anglais (Etats Unis) de Brice Matthieussent

"La poésie (cet après-midi, bien sûr) atterrit dans la cime des arbres
rose oiseau frémissant et se conchiant en vol. "