ANTONIN VARENNE
Les fils de l'aigle
"Dans le noir, les bruits du cargo, de sa longue charpente métallique déformée par la houle, étaient comme amplifiés ; des vibrations traversaient le navire d’un bout à l’autre, se propageant de métal en métal, de soudures en rivets ; et en toile de fond son énorme moteur increvable. C’était la nuit, jamais le jour quand il travaillait, qu’Alvin sentait que l’Amérique s’éloignait, que le Vietnam se rapprochait. Comme si tout, encore, se faisait à l’abri des regards, dans l’obscurité."
"— En fait, je ne suis pas sûr de ce que tu penses réellement de Glatkowski et McKay, et de ce qu’ils ont fait. Dans le cercle de lumière d’un lampadaire, les deux hommes étaient comme deux statues, sous les cônes noirs d’un feutre bosselé et d’une casquette d’officier ; silhouettes figées d’un tableau d’Edward Hopper, d’un rêve américain vide et muet.
— Normal. Ce n’est pas d’eux que j’ai parlé aujourd’hui, mais de nous. O’Brien baissa la tête. L’ombre projetée de sa casquette se déforma. Ses chaussures cirées brillèrent sous le lampadaire. Il regardait ses pieds sur le ciment du trottoir. "
William March : "Je n’ai jamais cessé d’être fasciné par cette chose qu’on appelle la nature humaine, qui a ses heures de beauté et ses heures d’abjection, ni par l’océan de bêtise calme qui s’étend entre les deux."