ANTONIN VARENNE
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ANTONIN VARENNE
Les fils de l'aigle

"Dans le noir, les bruits du cargo, de sa longue charpente métallique déformée par la houle, étaient comme amplifiés ; des vibrations traversaient le navire d’un bout à l’autre, se propageant de métal en métal, de soudures en rivets ; et en toile de fond son énorme moteur increvable. C’était la nuit, jamais le jour quand il travaillait, qu’Alvin sentait que l’Amérique s’éloignait, que le Vietnam se rapprochait. Comme si tout, encore, se faisait à l’abri des regards, dans l’obscurité."

"— En fait, je ne suis pas sûr de ce que tu penses réellement de Glatkowski et McKay, et de ce qu’ils ont fait. Dans le cercle de lumière d’un lampadaire, les deux hommes étaient comme deux statues, sous les cônes noirs d’un feutre bosselé et d’une casquette d’officier ; silhouettes figées d’un tableau d’Edward Hopper, d’un rêve américain vide et muet.
— Normal. Ce n’est pas d’eux que j’ai parlé aujourd’hui, mais de nous. O’Brien baissa la tête. L’ombre projetée de sa casquette se déforma. Ses chaussures cirées brillèrent sous le lampadaire. Il regardait ses pieds sur le ciment du trottoir. "

William March : "Je n’ai jamais cessé d’être fasciné par cette chose qu’on appelle la nature humaine, qui a ses heures de beauté et ses heures d’abjection, ni par l’océan de bêtise calme qui s’étend entre les deux."

2026


ANTONIN VARENNE
La piste du vieil homme

"Il y a devant moi le ruban sombre de l'asphalte, bordé des deux côtés par la latérite ocre-rouge des fossés, et au-delà les rizières, dégradés de verts plus vifs encore que des feuilles de printemps en France. Je doute que la chlorophylle malgache soit d'une constitution différente. Peut-être cette intensité est-elle due au contraste avec la terre si rouge, peut-être la lumière de ce ciel tropical, mais rien ne prépare à ces couleurs un voyageur venu d'Europe. Même après vingt ans, j'en ressens toujours de la surprise."

2024


Madagascar, RN1, Ampefy, Mai 2005


2021

ANTONIN VARENNE
Dernier tour lancé

"Les plafonds étaient éclairés par des ampoules de mille watts. Les murs étaient blanchis à la chaux et à la javel. Le couloir était si grand qu’il se sentait réduit à la taille d’une souris, sortie dans la lumière par le trou d’une plinthe. Au milieu du no man’s land hyper blanc, régnait le blockhaus de verre et d’acier des gardiens de nuit, citadelle Vauban inexpugnable, tout en angles d’attaque et mortellement transparent."


ANTONIN VARENNE
L'artiste

"Le soleil continua son chemin sur le boulevard, mais au rez-de-chaussée de l’immeuble, occupé par un bistrot défraîchi au nom mal choisi de Bar du Matin, restèrent accrochées les couleurs d’un lever de soleil peint à la main. Le nom de l’établissement était aussi peint à la main, en lettres dégoulinantes, par un artiste local payé au verre."

2019


2018

ANTONIN VARENNE
La toile du monde

"Pas de pavés assez vieux aux États-Unis, mais les tombes de cinq cent mille Américains pour prouver que l’unité avait un prix, que le temps de l’Histoire était plus long qu’on ne l’avait cru."


2017

ANTONIN VARENNE
Equateur

"Quand je suis arrivé dans ce pays on avait à peine franchi le Missouri. L’Oregon était aux Anglais, le Texas et la Californie étaient mexicains, les plaines étaient une grande réserve où on avait repoussé les Indiens, dans ce coin que personne voulait encore. Maintenant, le pays va d’un océan à l’autre. L’Ouest est presque entièrement occupé, les routes sont tracées. Les pionniers, ils cherchent pas l’aventure, ils partent à l’Ouest parce qu’ils croient à quelque chose qui va arriver. Des terres, de l’argent, quelque chose qui leur appartiendra. L’aventurier, il veut rien de tout ça. Surtout pas. Les pionniers sont des bouffe-merde, ils cherchent des certitudes et une femme pour leur tirer les bottes le soir. Et elles, les tireuses de bottes, elles veulent des mômes, une église et une école. Que ça dure. L’aventurier, le coureur, il regarde les choses en sachant qu’elles durent pas, qu’il crèvera de cette nourriture qui remplit pas le ventre. À mon âge, je peux plus dire qui a raison. Même, je commence moi aussi à en rêver de cette saloperie de maison avec un porche et un fauteuil à bascule. Mais j’ai pas de regrets. Sauf un. De pas avoir entrepris un autre voyage quand j’ai compris que ce pays deviendrait le même que tous les autres."


 

ANTONIN VARENNE
Battues

"J’ai vu, dans les rues colorées d’une parfaite petite ville américaine, tout en plastique et carton-pâte − à Disney World California −, des vétérans de la guerre du Vietnam pleurer en voyant défiler Mickey et Pluto au son de l’hymne américain joué par la fanfare du parc d’attractions. Le patriotisme américain est bel et bien niché au cœur du spectacle de soi-même, dans la confusion entretenue entre mythe et réalité, bonheur et consumérisme.Mais il y a aussi une part non négligeable, a plus savoureuse et la plus riche, d’auteurs et réalisateurs américains qui s’attaquent à cette mythologie. Ceux qui ne cultivent pas les rêves creux mais se coltinent la réalité."


 

 

2017


2014

ANTONIN VARENNE
Trois mille chevaux vapeur

"Les nuits n’étaient pas plus fraîches que les jours. Comme l’eau du fleuve, le soleil semblait passer sur cette nature sans en faire partie. La roche produisait sa propre chaleur et sa propre lumière. Si ces plaines sèches avaient une parenté, c’était avec la lune, qui leur rendait leurs vraies couleurs. Celles du pendu de la plaza. Dans le gris et bleu de la nuit, des chiens du désert, invisibles la journée, couraient en jappant après les lapins. Insectes, tortues, lézards et serpents étaient les habitants du jour, couleurs, écailles et carapaces se confondant avec la roche."