ANTOINE VOLODINE, MANUELA DRAEGER, ELLI KRONAUER, LUTZ BASSMANN
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Antoine Volodine est le principal pseudonyme d'un romancier français, né Jean Desvignes en 1950 à Chalon-sur-Saône. 

 Antoine Volodine 

ANTOINE VOLODINE
Frères sorcières

"Au fil des années, l’Organisation dans les villes que nous visitions se réduisait à quelques individus désabusés et sans pouvoir, qui constataient avec fatalisme le délabrement généralisé, l’effondrement des valeurs révolutionnaires, l’attirance pour la violence individuelle et pour les solutions de désespoir comme l’exil ou la collaboration avec des bandits."

 

2019


ANTOINE VOLODINE
Terminus radieux

"Le vent de nouveau s'approcha des herbes et il les caressa avec une puissance nonchalante, il les courba harmonieusement et il se coucha sur elles en ronflant, puis il les parcourut plusieurs fois, et, quand il en eut terminé avec elles, leurs odeurs se ravivèrent, d'armoises-savoureuses, d'armoises-blanches, d'absinthes.
Le ciel était couvert d'une mince laque de nuages. Juste derrière, le soleil invisible brillait. On ne pouvait lever les yeux sans être ébloui.
Aux pieds de Kronauer, la mourante gémit."

2014


ANTOINE VOLODINE
Le port intérieur

"La bouche tremble. On voudrait ne plus parler. On aimerait rejoindre l'ombre et ne pas avoir à décrire l'ombre. Le mieux serait de s'allonger dans l'amnésie, à la frange du réel, les yeux mi-clos, et d'être ainsi jusqu'au dernier souffle, momifié sous une pellicule trouble de conscience trouble et de silence. "

1996


ANTOINE VOLODINE
Lisbonne
Dernière marge

"Rue de l'Arsenal, à Lisbonne, les potences abondent.
" Les quoi ? demanda-t-il, s'étonna-t-il. Qu'est-ce que tu as dit ?
- Les potences ", confirma-t-elle, avec un mouvement provocant de l'épaule.
Et : J'ai toujours voulu faire démarrer ainsi mon roman, par une phrase qui les gifle. Et lui : Ton roman ? Tu as vraiment l'intention de l'écrire ? Qui gifle qui ? Et elle : Qui les gifle, eux, les esclaves gras de l'Europe, et les esclaves boudinés, et les cravatés, et les patrons militarisés par l'Amérique, et les serfs du patronat, et tous ces pauvres types asservis par tous, et les sociaux-traîtres et leurs dogues, et toi aussi, mon dogue, toi aussi."

1990


 Lutz Bassmann

2017

LUTZ BASSMANN
Black Village

"Une nouvelle fois je me hissai sur la pointe des pieds pour regarder à travers la meurtrière. L’ouverture sentait le sapin détrempé et les champignons. De l’autre côté, on ne distinguait rien. Le noir absolu était si épais qu’il s’introduisait sous les paupières avec un bruit de succion, comme quand on essaie d’extraire son pied d’une flaque de goudron.
— Tu vois quelque chose ? demanda Goodmann?"


LUTZ BASSMANN
Danse avec Nathan Golshem

"Des chiens et des mouettes rôdaient autour de lui, mais ne l'attaquaient pas encore.
La rigidité cadavérique, pensa-t-il soudain et pour finir.
Plus rien ne bouge.
Nulle histoire ne subsiste.
Plus rien ne bouge, il n'y a rien.
La rigidité cadavérique, pensa-t-il, on en fait tout un plat. Mais une fois qu'on voit ça de l'intérieur, ça ne correspond pas à grand-chose."

 

2012


2010

LUTZ BASSMANN
Les aigles puent

"Je m'appelle Gorguil Tchopal, et c'était déjà mon nom à l'époque. J'avais plusieurs idoles. Des chefs de gueux, évidemment, mais aussi des louves qui ne s'étaient jamais repenties et des chanteurs. Je citerai en exemple Djimmy Gorbarani, le célèbre ténor, qui était mon idole depuis l'enfance. Quand je savais que j'irais à l'Amicale des fourmis étrangères, je me plaçais longtemps sous la douche, et, une fois débarrassé de toutes les impuretés qui s'étaient accumulées sur moi pendant mes rêves aussi bien que pendant les horribles passages à travers la réalité quotidienne, une fois récuré, séché et rhabillé, je manipulais avec acharnement ma chevelure hirsute, jusqu'au moment où, dans la glace, je croisais le regard avec quelqu'un qui avait des traits peu ou pas comparables à ceux de Djimmy Gorbarani. Du point de vue de la cosmétique, l'opération était hasardeuse, elle exigeait de l'imagination et de gros efforts. "