ANTOINE VOLODINE
Lisbonne
Dernière marge
"Rue de l'Arsenal, à Lisbonne, les potences abondent.
" Les quoi ? demanda-t-il, s'étonna-t-il. Qu'est-ce que tu as dit ?
- Les potences ", confirma-t-elle, avec un mouvement provocant de l'épaule.
Et : J'ai toujours voulu faire démarrer ainsi mon roman, par une phrase qui les gifle. Et lui : Ton roman ? Tu as vraiment l'intention de l'écrire ? Qui gifle qui ? Et elle : Qui les gifle, eux, les esclaves gras de l'Europe, et les esclaves boudinés, et les cravatés, et les patrons militarisés par l'Amérique, et les serfs du patronat, et tous ces pauvres types asservis par tous, et les sociaux-traîtres et leurs dogues, et toi aussi, mon dogue, toi aussi."