SEYHMUS DAGTEKIN

SEYHMUS DAGTEKIN
A l'ouest des ombres

« La poésie est cette force de résistance que chacun peut, que chacun doit opposer à l'oppression, pour qu'une existence sans oppression puisse être possible entre les vivants. Pour que l'avidité, la voracité des uns ne se transforme en gouffre, en tombeau pour tous. Pour qu'un rapport d'amour puisse remplacer le rapport de mépris et de force qui continue de régir notre présent. »


Médiathèque de Combourg, juin 2015

Le site de Seyhmus Dagtekin


SEYHMUS DAGTEKIN
Ma maison de guerre

" Je suis un curieux vertébré qui imagine se faire un monde, une maison avec des mots qui ne seraient même pas les siens. Parce que certains voudraient que les mots aussi aient leurs appartenances. Et les mots se laissent avoir, se laissent enfermer dans des enclos. Ils se mettent dans toutes les bouches, s'épuisent à toutes les besognes comme si un ressort avait dû céder dans la langue.

Mais je crois au verbe, à la force instituante de la parole. L'essentiel serait de retrouver le ressort cassé, le lien fondateur entre le mot et nos êtres. Pour parvenir, un jour, à ce mot qui nous refonderait, nous pousserait à exister pleinement, avec qui et où que l'on soit. "

 


SEYHMUS DAGTEKIN
Juste un pont sans feu

« Je tente d'habiter un souffle, une transversalité et de le faire à travers mes langues, sans que cela ne m'éloigne de ceux qui habitent les autres langues et géographies. Tisser des liens dans cette transversalité et les vivre intensément. Un Kafka, un Dostoïevski, un Artaud, un Deleuze, un Rûmi font partie de ma chair. Mais littéralement. Je me dis, tout comme j'appartiens à l'humain, aussi tout ce qui est humain m'appartient que je tente de relier avec ce pont, sans feu. »




Maison de la Poésie, Rennes, novembre 2015


SEYHMUS DAGTEKIN
Au fond de ma barque

Quand tu te retires du monde
Le monde ne s'arrête pas pour autant
Ne se retire pas
Quand tu vas dans le vaste monde
Tu ne deviens pas vaste pour autant
Quand tu te prives de la multitude
Tu n'occupes pas pour autant ta solitude
Tu ne l'élargis pas
Quand tu te chasses du bruit
Tu ne découvres pas pour autant le silence
Quand tu te coupes les branches
Tu n'augmentes pas pour autant
La sève qui irrigue ton front


SEYHMUS DAGTEKIN
A la source, la nuit

J'étais petit. Mon village était petit, je le sus après. Mais, quand j'étais petit, il était grand pour moi, grand à me faire peur quand je devais me déplacer d'un bout à l'autre.


Maison de la Poésie, Rennes, février 2010