OLIVIER BOURDELIER

Editions pré#carré

OLIVIER BOURDELIER
si la lune est là

Les trois pieds du
tabouret de mon père
sur la terre battue de l'étable

et le poème tient debout

tandis que
je vacille

Lecture de Jean-Pascal Dubost sur Poezibao


OLIVIER BOURDELIER
Un oiseau compliqué

La vie est
compliquée douloureuse et

la vie est
un oiseau qui chante dans le jardin

un oiseau douloureux compliqué
qui chante dans le jardin.


"Eloge de l'autre". Le thème de ce Printemps des poètes 2008...
Pour présenter Olivier Bourdelier, les voix de ses amis:


ROGER LAHU :

"Olivier, il avait un beau chapeau à la Indiana Jones qu'il mettait quand il allait sur les marchés de poésie comme à Rochefort-sur-Loire par exemple, mais il l'a laissé tomber dans un torrent je ne sais plus où son galurin. Même pas dans le Montana ! parce que quitte à paumer un galurin dans un torrent autant que ce soit dans une rivière à truites du Montana. J'aurais vraiment aimé pouvoir dire "j'ai un pote qui a perdu son chapeau à poésie dans une rivière à truites du Montana".

Olivier, il m'a offert un jour une petite Ferrari rouge. Une toute petite. Et j'ai écrit un poème sur cette petite Ferrari là. Elle est devenue la poésie elle même dans le poème, cette petite Ferrari rouge.

Olivier, la première fois que je l'ai entendu lire ses poèmes j'ai été vraiment interloqué . de loquare en latin comme dans ventriloque . Il lit un peu comme un ventriloque d'ailleurs. Il a deux voix. On ne sait pas au juste qui cause à qui. Et ça intrigue, donc c'est bien !"


VALERIE ROUZEAU

"Franchement moi je ne sais pas comment ça fonctionne un poème d'Ôlivier Bourdelier, je l'appelle Ôlivier avec un chapeau grâce à un très beau portrait de lui tiré par notre copain Michel Durigneux, Olivier au chapeau de paille. Il possède, Ô le poète, une espèce de grâce qu'on trouve chez Eric Sautou lequel descend assurément de Georges Schehadé. Ma comparaison s'arrête là, ce n'est pas de la même façon que "les mots réussissent" (dixit Sautou) chez l'un et chez l'autre. Il y a de la chanson de nourrice détournée chez Bourdelier, si ses poèmes peuvent avoir sur la page la forme physique d'un poème d'un de ses maîtres, Eugène Guillevic. Il y a une espèce d'innocence perdue et retrouvée... Tout ça comme ça me vient au retour d'une prise de sang, avec mon bol de café fumant. Le sourire de certains poèmes tient aussi d'Apollinaire je crois. Peut-être suis-je à côté de la plaque. Et il faudrait parler des peintres, Ôlivier leur a consacré un "farfadet bleu", les peintres qui peuvent bien lui avoir susurré certaines de ses images. Des rouges et des bleus. Aloïse et Klee entre autres… "


BERNARD BRETONNIERE

"ah, l'ami Bourdelier, eh bien je lui ai envoyé une lettre, un jour de l'an de grâce MMVII, où je lui écrivais un peu ce que je pensais-ressentais de son écriture. Bien sûr, pas fait de brouillon ou copie, bon. Bon. Ce que je disais, fondamentalement, c'est qu'il dit beaucoup en peu de mots (contrairement à tant de poètes, tellement de poètes, beaucoup de poètes) et que ses mots lèvent de multiples émotions, souvenirs, pensées chez ses lecteurs, et ça c'est rare, très rare, trop rare. Et puis, parler de sa façon de lire deux fois, tu sais j'ai écrit ceci dans Encres de Loire :


 À Laval (gentil palindrome) même, vit et écrit le poète Olivier Bourdelier dont l’anagramme (un pseudonyme, comme Antoine Émaz), « roi ivre bredouille », n’aurait point déplu à l’inventeur d’Ubu (autre palindrome) dont on célèbre cette année le centenaire de la disparition. Pour prendre son temps, la poésie d’Oliver Bourdelier n’en est pas moins fulgurante. Soulignant l’évidence, jamais assez répétée, que la poésie est faite pour être relue (et rerelue, turlutulu), Olivier Bourdelier a une façon très à lui de « se produire » en public : il lit d’abord son poème, yeux rivés sur le livre, puis le redit aussitôt de mémoire en fixant du regard une personne de l’assemblée. Rien de gratuit dans cette pratique, mais, au contraire, une trouvaille fondée et formidablement convaincante ; il faut le voir, l’entendre. "

Anne était dans la salle, elle a lu son poème à Olivier.

Ici, Anne, en fin de soirée.

ANNE PESLIER
à Olivier,
                                               entre la voix de l’abeille

 

il se tient entre deux orages nus
l’étonnement est un silence

cil sans aile

que le soleil entende ô nuage brun
sous la mer les châteaux saignent

l’absence est l’ivresse tranquille
que toute bête terrienne quitte

pour peu l’amour la reine passe
cœur menu a sa manie de vivre

la monstrueuse vague est une araignée docile
l’ âme       fille de l’autre bout
trésor osseux sous une cape

la nuit ouvre l’ oiseau aux fleurs

il patiente




ANTOINE EMAZ

Chez Olivier, il n’y a pas de restes dans les mots, après le poème. Par contre, il y a des marges.

 

De l’enfance affleure dans le son et les images, mais jamais de naïveté.

 

Quand ça s’arrête, ça s’arrête. On peut répéter le poème, le relire, ça s’arrête de même. Il travaille sur du papier millimétré.

 

Le poème comme un nœud délié à l’intérieur.

 

Ca ne chante pas, ça chantonne, ça murmure, comme s’il fallait laisser de la place au silence, ne pas occuper tout le devant de la page.

 

Poésie discrète, oui ; modeste, non.  Elle s’affirme, elle se plante là, elle nous regarde – elle ne racole jamais.

 

Familière étrangeté de ses livres parce que d’un poème l’autre, la bifurcation est imprévisible. Et pourtant il y a une bande passante nette, très singulière. On ne peut pas s’y tromper.

 

Alors, au bout, ça renvoie au réel, au rêve, aux mots ? On n’en sait trop rien. Poème-caillou sur lequel on se casse les dents, mais pas fait pour faire mal. Quelquefois, on pense à un sourire-joconde.

 

Souvent, le travail du son comme une forme de politesse, pour alléger le noir, dessous, le goudron du fond, qui colle.

 

Ce que j’entends peut-être le plus chez Olivier, c’est le souci de la justesse, une rigueur. Ca doit tomber pile, ou bien poubelle. Et pourtant ce n’est pas cassant ; plutôt l’exactitude souple du gymnaste dans sa prestation courte. Quelque chose, oui, de l’ordre de la danse.



OLIVIER BOURDELIER
Quitte

Editions Wigwam

Méfiez-vous des oiseaux et méfiez-vous des fleurs

d'aventure suis revenu
maigre nu
dur

mes mains c'est pour rien mes yeux
pleureraient.


OLIVIER BOURDELIER
La poésie est facile

Editions L'idée bleue

Ces choses chaudes choses molles
qui nagent dans le bleu épais
c'est des soleils ou des bestioles?
la paix dit miro c'est la paix.

 

Illustrations de Nelly Buret
2006


OLIVIER BOURDELIER
Eugène les monstres

Editions Tarabuste

Deux trois fois j'aidai à bêcher
mon père entre autres fossoyeur

de quoi parler des fleurs
en plastique dur des fleurs
bouffées des bestioles de l'eau
de la fontaine de fonte

le pendant d'oreille trouvé
qui luit dans la terre noire
mon aimée avec horreur
a refusé d'y toucher.


« La poésie que je goûte et cherche dans mes lectures , celle aussi que je tâche de composer , me paraît répondre aux quatre caractéristiques suivantes :
—L’émotion, l’intuition ou l’expérience qui fondent le poème sont intimement ressenties par l’auteur - ou le texte est froid, ou le texte est vain .
— Le poème doit pouvoir être offert en partage à des lecteurs avec une chance raisonnable de réussite - si la réussite , c’est le rare bonheur d’une page d’un auteur ignoré, dans laquelle on perçoit d’un coup une évidence jusqu’alors insoupçonnée .
—Son agencement validé au mot et au souffle près, le poème achevé est inaltérable. La plus infime retouche ne saurait que le trahir, l’appauvrir ou en fausser l’équilibre.
Le poème abouti est un objet dynamique, animé d’un mouvement propre perceptible dès la première lecture, mais qui demeure insaisissable .
— En allégeance ou dans la discordance , le poème s’inscrit dans une continuité. Il peut s’affranchir - mais on ne peut pas l’abstraire - de la tradition et de l’héritage, des premiers travaux de son auteur, du contexte du recueil … Au sein de cette continuité, le poète se doit d’apporter du neuf, de donner à entendre quelque chose d’inouï …
Une conception de la poésie s’esquisse : ni définitive ni péremptoire, pas la seule qui vaille bien sûr - mais elle vaut pour moi . »
Olivier Bourdelier (Considérations sur la rareté. Noniouzes)