ROGER LAHU

PETIT TRAITE DE L’ECALAGE
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L’œuf dur est-il au menu des cuisines  des Palais Présidentiels ?  Pourquoi pas ? Imaginons un « conseiller » quelconque , las des homards géants ,  se disant : « je me mangerais bien deux œufs durs mayo » . Pourquoi la satisfaction de cette envie bien compréhensible lui serait-elle interdite ?
Ce conseiller est sans nul doute ce qu’on appelait jadis « un fort en thème » ou « une tête d’œuf » .
Cette dernière appellation serait evidemment hautement prohibée à notre joyeuse époque : accusation immédiate , pour qui l’emploierait , de chauvophobie ou de calvophobie . L’auteur de ses lignes l’emploie sans malpensance : il a des amis chauves et son crâne est depuis longtemps dépourvu de tout poil . 
Le conseiller présitentiel  sus mentionné est il pourvu d’un petit  début de barbe , qui lui confère un look hipster (mais très soigné) ? Un pogonophe, personne qui trouve les barbus repoussants, pourrait lui en tenir rigueur .
Mais celui qui le vouera aux gémonies est le commis de cuisine du Palais Présidentiel  chargé d’écaler les deux œufs durs qui lui font tant envie ce jour –là .  Quasi tétanisé par la responsabilité qui lui incombe je l’imagine volontiers dans la vaste cuisine , ce commis débutant : sous l’œil du Chef il doit écaler à la perfection les deux œufs pour que le fort en thème soit pleinement comblé .  Intérieurement il enrage : « Ce con de barbichu  ne peut pas bouffer ces homards au lieu de me faire chier ! » .
Ses mains tremblent trop pour qu’il puisse réussir son écalage .
Il va se faire virer .
Ecaler un œuf dur  est un sport de combat !

 

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Cette question quelque peu saugrenue voire iconoclaste : est-il plus difficile de parfaitement écaler un œuf dur ou d’écrire un poème ?  Spontanément j’aurais tendance à m’exclamer : « oh que oui ! ».D’autant que  la perfection d’un écalage réussi saute aux yeux de tout un chacun alors que décider de la réussite d’un poème est affaire de subjectivité . Le simple  fait même de déclarer « c’est un poème » ou « ça n’est pas un poème » est depuis l’abandon du  vers régulier et des formes fixes sujet à débat , controverse, . Nul , en revanche , ne déniera à un œuf cuit dur fraichement écalé son existence évidente . Qui , devant trois œufs cuits dur écalés  posés  dans  une petite sur une petite assiette en poterie d’un bleu très doux oserait proclamer : « ce ne sont pas des œufs cuits écalés » .
L’œuf cuit dur écalé est un œuf cuit dur écalé sauf par exception pour un peintre surréaliste facétieux ou un extrémiste vegan hurlant : « ceci est un infanticide » .

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Et si notre petit caillou id est notre « Planete » , notre « Terre » , n’était ni sphérique , ni plate  (je trouve assez merveilleuse la théorie des « platistes » : comment ces dingos en sont ils arrivés à « pondre »  cette théorie ? qu’est ce qui les pertube autant dans la rondeur avérée de notre planète ? la vision primordiale du sein rond de leur môman ? ) , ni donc écrivais je à propos de la terre  sphèrique  ni plate , mais ovoïde . Qu’est ce que ça changerait ? N’ayant aucune connaissance physico-cosmologique j’ignore quelle serait la trajectoire  d’un œuf dans l’espace autour d’un soleil qui le cuirait dur . Et si le soleil lui-même était ovoïde ? et toutes galaxies ?
Et alors ? sur une Planete Terre ovoîde  toupillant autour d’un Soleil ovoîde itou au sein d’une galaxie ovoïde , l’écalage des œufs cuits dur serait il plus aisé ?
Mais cette question soudaine : dans ces conditions hypothétiques (Terre/Soleil/ Galaxie ovoïdes toupillant spiraloidement dans le Grand Vide )  quelle serait la forme des œufs de poules ? si tant est qu’il existe encore des poules pondeuses dans ces conditions cosmologiques .
Et si .. et si … théorie complotiste d’un grand remplacement ,  le Big Bang n’était qu’une vaste omelette primordiale ? et l’Univers serait depuis en expansion « molle » . Comme l’avait sans doute prévu Salvador Dali .

 

Je vis si modérément au XXIeme siecle que ne m’était pas encore venu ce réflexe contemporain : questionner Google .  A la requête « écaler œuf dur » je note « Environ 2 480 résultats (0,53 secondes) » . Vais-je avoir la patience de consulter ces 2480 résultats ?
La première référence proposée est titrée : « L'astuce géniale pour écaler un œuf dur en quelques secondes » . M’intrigue le nom du site où cette « astuce géniale »  est « mise en ligne » : www.fourchette-et-bikini.fr .  Le port d’un bikini aurait-il une influence positive sur l’écalage des œufs durs ? Cela ressemble quasi à une théorie du complot .
L’astuce « géniale » est la suivante : « Faites cuire vos œufs. Placez-les ensuite dans un récipient fermé. Privilégiez les contenants en verre ou en métal car les parois doivent être très rigides. Les boites hermétiques en plastique sont sensiblement moins efficaces. Secouez le contenant vigoureusement pendant 3 à 5 secondes. Ouvrez-le contenant puis ôtez les coquilles de chaque œuf ! Si tout s’est passé correctement, la membrane s’enlève en un geste et les morceaux de coquille restent fixés dessus. Résultats : les œufs sont parfaitement écalés ! »
Apprécions la précision « si tout s’est passé correctement » .
Le site « Fourchette & Bikini » propose des informations de tous ordres si l’on en croit les « onglets » où il est possible « cliquer »(cuisine , santé , sexo, maman , etc etc etc)  : suis-je rentré au XXIeme siecle désormais ?  Mais il n’en reste pas moins que je refuse de  me mettre en maillot de bain pour écaler des œufs durs .

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Visions et perspectives pour régler la question de l’écalage des œufs cuits dur :

  • Vision dite « transpouliste » : créer par manipulation génétique assistée par intelligence artificielle d’une race de poule pondant des œufs sans coquilles
  • Vision dite « survivaliste » : s’habituer à manger la coquille avec les œufs
  • Vision dite « boudhico-durable » :  psalmodier pendant deux jours « om mani padme hum » avant de se lancer dans l’écalage d’un œuf cuit dur puis renoncer à l’opération et boire une coupelle de thé vert en guise de repas . Le même œuf pourra être utilisé jusqu’à putréfaction avancée .
  • Vision dite « pragmatique » : inventer des tubes d’une sorte de crème épaisse « à goût œuf cuit dur » . Il suffira d’appuyer sur le tube et de tartiner la dite crème sur de petites tartines  de faux pain (vendu tranché sous plastique en même temps que le dit tube)
  • Vision dite «collapsologique » :  se dire que de toute manière dans moins de 20 ans il n’y aura plus sur Terre ni poules ni amateurs d’œufs cuits dur.
  • -vision dite « post-coloniale » :  l’œuf cuit dur est l’embleme de la domination blanche : le blanc enferme le jaune , le cache , le dissimule , l’invisibilise . Dénoncer l’œuf cuit dur ce fachiste .
  • -vision infantilo-catechisée :  oh mon papa ne mange pas ce petit animal à naître ! Mais ma fillotte il n’est pas né ! et ne lui tape pas dessus pour lui ôter sa petite peau ! Mais c’est  une coquille ma mie pas une peau ! papa je te déteste !

 

Ovule a la même étymologie qu’œuf . Mais nous naissons sans coquille . On ne peut pas écaler un bébé . Et donc ni réussir ni rater ce non-écalage . En Afrique dans la conception samo du monde (« Masculin/Féminin » Françoise Heritier) le bébé est « cuit »  dans le « sac » (la matrice) de sa mère . Il n’est pas précisé si il est cuit « dur » ou « mollet » . L’équivalent de l’écalage d’un homme est l’écorchement : « L'écorchement est une manière de tuer un condamné en lui retirant la peau (épiderme, derme, hypoderme) jusqu'au fascia musculaire (enveloppe des muscles). Le bourreau incise soit le dessous des pieds, soit le sommet du crâne, et tire sur la peau pour l'arracher : la chair se retrouve à nu et la personne meurt après plusieurs heures de souffrance. »
Question : comme pour l’écalage des œufs cuits dur y avait-il des écorchements lamentablement ratés et des écorchements splendidement  réussis ? A quoi voyait-on la différence  et  du point de vue de l’écorcheur  et du point de vue de l’écorché ?  

Visions et perspectives pour régler la question de l’écalage des œufs cuits dur  (2) :

    • Vision culinaire :  préférée l’œuf au plat , ou à la coque ou les omelettes . Pour les puristes : l’œuf gobé cru .
    • Vision vegan :  trucider tous les éleveurs de poules . Laisser les individus gallinacées s’ébattre librement dans la Nature et pondre librement sans aliénation quelconque . (note du rédacteur de ce petit Traité : les fouines se pourlèchent les babines et vont voter vegan à toutes les élections à venir)

     

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    Un œuf dur parfaitement écalé dans les règles de l’art (un diplôme du bel art d’écalage des œufs durs existe-t-il ? si ce n’est pas le cas il faudrait le créer)  est une vraie merveille . On dirait une idole cycladique d’une pureté marmoréenne absolue .  Mais pas une déesse-mère , l’œuf dur est non sexué (que je sache) ni un dieu-patriarcal (cocorico !!!) . Il est antérieur à toute divinité . Il est l’Idée Primordial d’un dieu , un avant dieu , un dieu en germe . Pascal a écrit que Dieu « une sphère infinie dont le centre est partout, la circonférence nulle part. ». Mais avant la sphère il y a l’ovoïde : » En mathématiques, un ovoïde est une surface de classe C1, délimitant un domaine convexe et relativement compact de ³. ». Quand j’écris « avant » c’est une commodité de parole , j’aurais pu écrire « au-delà de » ou « au dessus de » voire «dans l’ombre  de » .
    Oserai-je écrire que Dieu est un œuf cuit dur parfaitement écalé ?
    Illico cette question sans espoir de réponse : «et la Poule-Mère » ?

     

    La recherche de « causes » , d’ »origines »  est un univers en expansion après un Big Bang (l’explosion de l’œuf cosmique primordial ?) . Et si ça n’était pas du côté de la poule ou de l’œuf qu’il fallait chercher les causes des écalages ratés ? mais du côté de l’écaleur himself ? pression sanguine , température corporelle , tension psychologique , manque de concentration , maladresse des doigts , dilletantisme de la gestuelle ?  Et par expansion : et si Dieu himself était l’origine de tous les ratages consécutifs à sa Création ?  Dieu est il d’un dillétantisme facheux ? a –t-il des problèmes d’hypertension ? Dieu est il un gros balourd malhabile ?
    Peut-être que Dieu ne mange pas assez d’œufs ? « Un œuf apporte environ 300mg de cholestérol par jour, ce qui correspond à l’apport nutritionnel conseillé par jour. Le jaune d’œuf est une excellente source de protéines. Celles-ci contiennent tous les acides aminés essentiels ( ne pouvant être synthétisés par l’organisme) dont la lysine et la méthionine. L’œuf contient aussi de nombreuses vitamines : la vitamine A, D et E ainsi que les vitamines B (B2, B5, B9 ou folates, B12). Les oligoéléments et minéraux suivants sont aussi présents : le sélénium, en quantité non négligeable, le phosphore, le zinc, le sodium et le potassium. »

    PETIT TRAITE DE L’ECALAGE
    DES ŒUFS CUITS DUR-1

    La vision de trois œufs cuits dur sur une petite sur une petite assiette en poterie d’un bleu très doux me laisse béat .
    Surtout parce que ces trois œufs ont été parfaitement écalés : les coquilles ont été retirées sans difficulté , sans que le blanc n’ait été écorné . Me plonge dans une immense perpléxité cette question de l’écalage des œufs cuits dur : pourquoi parfois ôter les coquilles est d’une facilité déconcertante et pourquoi – le plus souvent – au contraire cette opération en soi banale tourne à l’horreur , au déchiquetage , à la torture de je ne sais quelle Inquisition d’antan : la coquille s’effrite en particules , résiste , adhère à l’œuf comme un coquillage à son rocher ,cède en arrachant des morceaux d’œuf , et celui-ci prend peu à peu au fur et à mesure de l’écalage la tronche immonde d’une gueule cassée de la Grande Guerre .
     Pourquoi ? On pourra  certainement trouver cette interrogation pour le moins inessentielle . Et beaucoup penseront dans leur for  intérieur qu’il y a moult autres questions bien plus graves , plus importantes , plus cruciales , plus vitales même , que cette question de l’écalage des œufs cuits dur . Je leur retorquerai qu’ils manquent de , disons , curiosité peut être , ou d’attention au monde . Se demander pourquoi des œufs cuits dur peuvent être parfois parfaitement écalés , et se présentent alors sous une forme ovoïde parfaitement blanche et unie, et pourquoi d’autres œufs cuits dur écalés sont monstrueux , n’est pas une vaine question .  C’est même une question qu’on pourrait dire archétypales  .  L’immense et indispensable Jonathan Swift en conviendrait volontiers lui qui fit de la question du petit bout ou du gros bout des œufs la raison de la guerre entre entre Lilliput et Blefuscu. Il faut aussi des œufs pour faire les fouaces , à l’origine des guerres Pichrocholines chez Rabelais .

    Cette question en effet , comme beaucoup , consiste en une  recherche d’une « cause » . Et d’emblée cette autre question : une cause ou plusieurs ? une chaine causale linéaire ?  un enchevetrement confus de causes ?  un bordel causal aléatoire ?  Et nous voila dès lors en plein marasme . Avant même d’avoir commencé notre enquête .
    Il en va de même pour bien des « questions » qu’on est amené à se poser , non ? pour toutes . des plus concrètes  : « pourquoi suis-je constipé ce matin ? » aux plus philosophiques  « pourquoi le Mal existe-t-il ? » . Des plus incongrues : «Pourquoi un chat n’a –t-il que 4 pattes et non 6 ou 7 ? »  aux plus triviales : « Pourquoi irais-je voter aux prochaines élections présidentielles ? » . Des plus geometapolitiques : « pourquoi toutes les religions vantant l’amour des autres massacrent-elles systématiquement les autres ? » aux plus intrigantes : « pourquoi y a-t-il de plus en plus de poissons chats dans ma rivière depuis deux ans , saloperies de bestioles qui bouffent tout ? »
    Donc  pour en revenir à nos poules  , quelles peuvent être la ou les causes  d’un écalage parfait ou totalement foiré d’un oeuf cuit dur ?
    Cherchons en amont de l’écalage fatal .  Quelles responsabilités « au niveau de » la poule ? sa race importe-t-elle ? les circonstances de la ponte : l’environnement , l’alimentation , les aleas du moment (l’ombre d’une buse passant pile poil à l’instant critique , l’aboiement violent d’un chien, la soudaine apparition d’un coq  etc…) ?  la température de l’eau où les œufs ont cuit, le diamètre de la casserole , le temps d’ébullition ?
    Et au moment de l’écalage lui-même : le geste préalable où l’on tapote l’œuf sur une surface dure – trop violent ? pas assez ? pas au bon endroit ? et le premier bout de coquille ôté : est-ce lui le responsable de la parfaite réussite ou de l’échec total ?
    J’admets volontiers que cette liste de causes explicatives (de l’apparition aléatoire  d’un monstre ou d’un ange) est volontairement limitée . Pousser l’enquête plus profondément risquait de me plonger dans un état d’hébétude : sensation d’un vertige devant un abysse . Vertige de la Cause . « Désir fou que rien ne chasse » chantait Bashung ,,dans « Vertige de l’Amour » .
    Paradoxe fameux de l’œuf et de la poule : quelle est la cause ?
    On n’en sort pas de cette histoire d’œuf cuit dur .
    Quand on y entre .
    Comme dans un chaud cocon :  « Empr. au prov. coucoun « coque (d'un œuf) » et « cocon » (Mistral) dér. du prov. coco « coque, coquille » (ibid.) de même orig. que coque »

     

     

    Poème de minimes et flottantes circonstances                                             à Thierry

    Ces temps-ci
    je lis un livre avec un immense  plaisir
    « les pérégrins » le titre est magnifique
    et j’écoute  « rough and rowdy ways »
    le dernier dylan
    et je vais au bord de la rivière
    en fin de journée
    m’amuser avec des carpes récalcitrantes
    que je relache – no kill – précautionneusement
    et j’ai usage d’hameçons sans ardillons
    pour ne pas les blesser

    Well, the Rubicon is a red river
    Goin' gently as she flows
    chante dylan

    et j’arrose mon potager
    avec l’aide d’un gros arrosoir vert
    et d’un gros pot de chambre
    en plastique bleu
    dont la contenance (12 litres)
    ne cesse de m’intriguer
    et un vieux copain m’annonce bien ému qu’il est grand père
    pour la première fois
    sa petit fille s’appelle Maï
    Marie en breton

    et tout ça se mélange
    avec les bruits du monde
    ouïs via la radio

    la radio qui m’apprit la mort de billy the kid
    (et le jour, un jour chaud d’été, avec des oiseaux dans le ciel)  jack spicer

    « sinon on ne peut plus vivre » 20/07/2020 19:39 france inter
    dit un docteur
    dans une émission sur le coronavirus
    pourquoi telle ou telle phrase
    prononcée à la radio
    me « tilte » ?
    et je me souviens des parties de flipper
    d’antan
    « game over »
    ces phrases interrompent
    ma petite partie de vivre
    avant que je  gagne
    une partie gratuite
    et je sais qu’il n’y a pas de partie gratuite
    à espérer

    « le chilen soupçonné
    d’avoir assassiné
    sa petite amie japonaise
    à besançon »  dit alors la radio

     

    une « vieille connaissance »  comme on dit  m’a demandé
    si je n’avais pas quelques poèmes
    à lui envoyer pour une revue
    pour laquelle  il occupe un peu de son temps de vivre
    ce qui est une occupation louable
    mais je n’écris presque plus de poème
    ou alors des trucs piètres comme
    celui-ci :

     

    Je n’ai « d’interractions sociales »
    Qu’avec les herbes des près de mes alentours
    Les haies les ronciers les bois
    Les chevaux les vaches les veaux
    Et ce placide gros taureau dans la pature
    Qui longe la rivière où j’aime pêcher
    Qui puis-je ?

     

    alors j’essaye d’en écrire un autre celui ci
    poème de circonstance en quelque sorte

    dylan chante

    Take me to the river, release your charms
    Let me down a while in your sweet, loving arms
    Wake me, shake me, free me from sin

    j’aime énormément ces mots en langage étranger
    « take me to the river »

    sur la couverture du livre « les peregrins »
    d’olga  tokarczuk  prix nobel de littérature 2018
    il y a une gravure du début du xixeme siecle
    représentant le cours des plus grands fleuves du monde
    je ne savais pas que le missourri-mississipi
    etait le plus long
    et c’est drôle comme ils ressemblent à des radicelles
    de plantes
    ces cours de fleuves

    je ne pêcherai jamais dans le missouri
    mais dylan  prix nobel de littérature 2016
    a forcément chanté dans une ville
    au bord du missouri

    ma rivière n’est qu’un humble cours d’eau
    de peu de kilomètres
    elle ne figure pas sur la gravure
    des plus grands fleuves du monde
    mais elle se mélange dans la saone
    qui se mélange dans le rhone
    qui se jette dans une mer

    peut être quelques molécules
    de ma rivière
    ont-elles croisé quelques molécules
    du missourri
    quelque part dans un océan quelconque

    quand nous mourrons
    dylan et olga tokarczuk
    et vous et moi
    ma toute petite rivière
    et l’immense Missourri Mississipi
    couleront  encore et encore
    et des molécules de leurs eaux
    peregrineront indifférentes
    dans les océans

     

    « the river flows
    it flows to the sea
    wherever that river goes
    that's where i want to be »
    roger mac guinn ballad of easy rider

    mais oh merveille il se met à pleuvoir
    hum superbe pluie
    après des jours et des jours secs
    je n’aurai pas à arroser
    mon potager
    avec mon gros arrosoir
    et le grand pot de chambre

     

    j’aime beaucoup terminer ce poème
    de minimes circonstances
    par ce vieux   mot « pot de chambre »
    où l’on faisait jadis nocturnement
    ses « besoins »

    Pissing in a river, watching it rise
    Tattoo fingers shy away from me
    Voices voices mesmerize
    Voices voices beckoning sea
    (Pissing In A River)

    patti smith   chanta
    devant l’académie nobel
    en lieu et place d’un discours de dylan
    et elle se mélangea les pinceaux
    dans les paroles
    de «  hard rain’s gonna fall »
    et se reprit et ce fut bien émouvant

    encore et encore des histoires de pluies
    et de rivières et de besoins

     

    20-27 juillet 2020

     

    J’aime écrire des poèmes vides

    « c'est dans le vide qu'on peut se remplir » déclare savamment une actrice
    cela sonne bien
    comme une belle « réplique » théatrale
    mais ça sonne creux
    juste du  bruit de bouche

    et puis c’est quoi « le vide » ?

    Vuide, forme fém. de vuit (voit, voide dans les dial.), att. jusqu'au xves., qui est issu du b. lat. *vocitus, de la famille de vocuus « vide », lat. class. vacuus « vide, inoccupé, libre (au propre et au fig.); sans réalité, sans valeur »,

    le vide serait alors étymologiquement « ce qui n’a pas de réalité »
    mais qui définit ce qui est réalité ?

    ce poème comme la plupart
    est indéniablement « vide »
    tentative vaine de « remplir »
    avec des mots
    ce qui n’a aucun besoin d’être rempli

    la réalité par exemple
    pleine et entière
    d’une fin de journée caniculaire

    dans la rue de mon hameau
    un chien voisin (Patapouf ? Odette ? Hector ? ) aboie mollement
    j’accepte ce mol aboiement
    comme un acquiescement
    quasi philosophique

    09/08/2020


SOUS CLOCHE

tous confinés depuis toujours
sous le ciel
« cloche » protectrice
ou prison « à ciel libre » ?

le ciel est vide posons
cet énoncé comme point
de je ne sais quel départ ou arrivée qu'importe
c'est su connu etc...

mais vite « les choses »
se compliquent
à propos du dit « ciel »
et de sa probable certaine vacuité

le ciel certes s'est vidé
de ses dieux ô combien colorés
mais s'est désormais rempli
de trous noirs ô combien séduisants

cela trouble assez
et ta perception du ciel
et ta conception
du vide

tu sens tout à la fois
un gros manque
et un trop plein :
appréhension maladroite

et pourquoi cette forme
de courts quatrains ?
quatrain/ chagrin et alors quoi
te chagrine ?

ce soir le ciel est bleu
sans espoir
de profondeur
autre que son bleu parfait

oui le ciel est vide mais se remplit aussi
de débris déchets de toutes sortes
un satellite du nom de clearspace-1
satellite « nettoyeur » ils disent

faut-il « nettoyer » le ciel
-gris ou bleu ou embrouillardé - ?
cet énoncé « le ciel est sale »
qu'est qu'il heurte en toi ?

(à suivre ????)

06/04/2020