JAMES SACRÉ
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Obsidiane, 2022

JAMES SACRÉ
Brouettes
Dessins d'Yvon Vey

"On imagine très bien toute la technologie moderne
Les têtes farcies de savoirs virtuels, remplies d’affirmations prétentieuses
On les entend
Se moquer des brouettes
Comme il n’y a pas si longtemps
On se moquait des ânes.
Évidemment qu’on n’a pas besoin d’une brouette
Pour transporter son I-pad ou verser des données
Dans son ordinateur. Pourtant
Si tu tapes le mot brouette dans ton moteur de recherche
Te voilà dans mille jardins, au cul des vaches,
Comme en de multiples chantiers, et jusqu’en pas mal de poèmes ! "


JAMES SACRÉ
Figures de solitudes

"Dans le passé qui échappe il y a ces longues histoires
d'affection qui ont duré qui se continuent dans le présent,
des remuements d'aise et de plaisir dans le corps sont venus
sans qu'on les cherche ni qu'on les prévoie. Et même si de
l'inquiétude ou de vaines interrogations les ont accompagnés.
Et encore, dans un présent qu'on ne sait pas davantage construire.

Visages rencontrés comme on rencontre un mouvement
d'herbes dans un paysage ou l'ombre d'un peuplier contre
un mur d'immeuble en ville :
Il y a eu le rire confiant et joueur d'un élève dans une cour d'école,
La clarté d'un regard sur le Ponte Vecchio à Florence
Ou la main sur une épaule pour emmener vers les arbres
d'un parc à Marrakech.

On ne sait pas pourquoi cela s'est continué et persiste
dans un présent qui n'a pas plus de forme saisissable que
tout ce passé qui l'a nourri."

 

Tarabuste, 2021


Le Réalgar, coll. « L'Orpiment », 2021

JAMES SACRÉ
Broussaille de bleus
dessins de Jacquie Barral

"Le paysage disparaît dès qu’on le figure :
Tu regardes quelques grands arbres peints
Des pans de montagne, des carrés d’orge ou de froment
Et tu dis seulement
Ah, c’est un Corot, un Cézanne, un Breughel.
Formes et couleurs sont devenues surtout
Des manière de peindre et d’arranger les motifs :
L’œil s’en va dans un rêve du Lorrain, s’oublie
Dans un jardin de Matisse ou de Bioulès.



Écrire un paysage ça n’est pas le photographier
Pas le peindre non plus, ni même le décrire
Écrire un paysage on ne sait pas trop
Ce que cela veut dire. Le ruisseau de Cougoulet
Qui s’en allait par les prés
Frais sorti de sa source fontaine
Si je l’écris en disant ces mots ? S’il me les donne ?
Juste à côté les groseilliers de l’enclos à Gustave.
Le bleu du ciel jusqu’à toucher tant de vert.
S’il y a du vent ? Et le nœud de vipères
Que le père a mis un coup de fusil dedans.

Écrire un paysage c’est peut-être l’entendre
Et savoir qu’on l’a vu, ou même
Savoir qu’on le voit, pourtant
On ne voit que de l’encre
On n’entend que des mots."


Editions Méridianes, 2019

 

ANTOINE EMAZ
Sans place

"le même air et pas
le même rythme et du coup
décalé
étranger dans le bleu
un peu comme
les nuages parfois les bateaux
loin lents

ils finissent par passer s’effacer
sans rien laisser sinon peut-être un sillage
vite
vague parmi les vagues"

JAMES SACRÉ
Je s'en va

"Le cœur, la pensée calés
Dans le confort de ton poème.

Quelle brillance d’une vie passée
Crois-tu saisir
En seulement quelques mots, quel présent soudain
Qui en serait plus vif ?

Le sourire la main qui t’ont parlé
Ne sont plus que de minuscules grains de quartz
ou de mica

Dans le sable du temps. "


Tarabuste, 2018

JAMES SACRÉ
Figures de silences

"L’autre et le même, et pourtant pas :
À chaque emportement des mots
Un léger neuf, ou simplement
Qu’écrire est aussi du vivant :
Jamais deux fois pareil,
En plus un peu qu’on a
Le plaisir de s’y reconnaître.

Comme on remet du foin propre
À l’intérieur de sa galoche."


JAMES SACRÉ
Tissus mis par terre et dans le vent
Photographies de Bernard Abadie

"Les photos sont tirées sur un papier mince
On les croirait déjà sur les pages d'un livre.
L'aspect mat de la couleur accentue
L'impression qu'on a d'être
Dans un temps de saison qui s'éteint, il y aurait des brumes
Un reste de neige, ou c'est déjà
Le soir, la nuit presque venue; ou peu de lumière
Dans un magasin ou quelque buanderie nue. "

Le Castor Astral, 2010




Maison de la Poésie, Rennes, mars 2010


JAMES SACRÉ

Portrait du père
en travers du temps

DJAMEL MESKACHE

"Tout ce que mon père est en moi
Et qu'en même temps ça n'est pas lui. "

La Dragonne, 2009


Rochefort-sur- Loire, juillet 2008

JAMES SACRÉ
D'autres vanités d'écriture

"Ainsi ce qui m'a fait prendre plus nettement conscience que la poésie (celle que je crois pratiquer) est un jeu vivant d'arrangements dans la langue, des gestes de mots qui ont aussi à voir avec les autres gestes de mon corps, et partant avec ceux de mes semblables, se révélait être non pas un moyen de mettre en branle les matériaux d'écriture, mais, tout bonnement, était un de ces matériaux. Le pouvoir d'explication du concept d'isotopie devenait dans son incarnation écrite la même obscurité questionnante que le reste. Comme il arrive bien sûr, à l'occasion, que ce soit le cas avec telle « disparition» démesurée d'une lettre de l'alphabet, ou tels retours de mots d'une sextine. "

Tarabuste, 2008


L'idée bleue, 2007

JAMES SACRÉ
Le poème n'y a vu que des mots

"D'aller ici, comme je fais, entre peintures
et poèmes, ou paysages peintures et poèmes, c'est
peut-être comme lancer vers un improbable but, sur
un plan de parcours en forme de fond de péniche, une
boule de fort particulièrement déséquilibrée. "

 

Couverture: fragment du manuscrit de l'auteur


André Dimanche éditeur, 2007

JAMES SACRÉ
Un paradis de poussières

"On la pense plutôt comme une belle pièce d'étoffe l'amitié
D'un seul tenant, solide, quelque chose
D'entier, vêtement
Comme un bras qui te prend l'épaule. C'est mal penser.
C'est jamais
Que des moments pas longtemps, des gestes
Mal cousus à l'histoire de quelqu'un d'autre
Quasiment rien guenilles de mots
Pour dire on sait pas quoi, passer
Dans l'énigme du monde: l'amitié."


Tarabuste, 2006

JAMES SACRÉ
Aneries pour mal braire

"Un jour il n'y aura plus d'ânes du tout, c'est sûr. Le dernier que je connaissais vraiment par chez moi (on allait tous les matins chercher le fourrage vert champ de sarrasin pas loin, après les premiers buissons, charrette juste un fond de planches monté sur un essieu bas) j'aimais bien ses yeux doux, son corps d'âne rieur et tout montré, souvent.
Justement quand ça sera fini les ânes quelque chose va nous manquer, cette façon d'avoir ensemble le plus fin et le plus grotesque:
Beaucoup de silence ramassé dans les yeux puis d'un coup l'espace en forme de trompette mal jouée qui dit ce qui manque à la prétentieuse harmonie du monde.

On finira par ne plus savoir. De temps en temps je touche à mon ventre, à ma bêtise. Je crois deviner que c'est important d'écrire aussi comme un âne. "

 


JAMES SACRÉ
Trois anciens poèmes mis ensemble
pour lui redire je t'aime

"J'ai su qu'elle s'avançait dans la transparence et vers l'automne (mais c'est peut-être une fin d'été verte). Il y a eu la nécessité d'écrire une phrase qui fût de la lumière et de l'herbe. "

Cadex Editions, 2006


JAMES SACRÉ
Sans doute qu'un titre est dans le poème

"J'ai pensé à des petits poèmes trapus, les vers tous de la même longueur. Une rime comme de la couleur. Maison qu'on a crue solide au fond du cœur. Plein de travaux pour vivre ont fait qu'on l'a transformée défaite c'est vrai qu'elle n'est plus qu'un long souvenir à l'estuaire du temps. Comme un liquide qui a coulé. Qui dessine sa perte. "

 

Wigwam, 2004


JAMES SACRÉ
Une petite fille silencieuse

"S'il est seul dans la maison et quelques bruits
(La rumeur du chauffage, un robinet qui goutte, le presque silence),
Le livre qu'il a ouvert n'a plus ni commencement ni fin.
Dans la pièce à côté personne pourrait savoir que les deux chats sont là.
La couleur des boiseries attend.
Tout ressemble à de la tranquillité, un meuble craque,
Et comme un sourire et des larmes sont quelque part
Dans la lumière diminuée maintenant que c'est le soir. "

André Dimanche Editeur, 2001


JAMES SACRÉ
Si peu de terre, tout

"Là où je suis né il y avait un paysage, des activités de travail, des gestes que faisaient les hommes et les femmes, des jeux d'enfants aussi naïfs que rusés, de l'amitié et des méchancetés. Quelque chose entre le mot terre et le mot paysan.
Juste un peu plus loin dans le bourg, on parlait pas pareil, les gestes n'étaient pas les mêmes, le monde vous donnait d'autres phrases, et peut-être d'autres histoires.
J'avais toute cette terre à mes semelles.
Mais je savais marcher pieds nus dans les champs. J'étais plein de noms d'arbres et de noms d'animaux (avec de vrais feuillages et de vraies bêtes dedans, quand je les disais). J'ai fini par bien essuyer mes pieds quelque part.J''ai fait que retrouver les mêmes choses, comme un peu déguisées. Comme un peu de traviole dans les mots que j'avais. Quelque chose entre le mot ville et le mot paysan. "

Couverture : sculpture d'Olivier Giroud

Le dé bleu, 2000


Tarabuste 1998

JAMES SACRÉ
Anacoluptères

illustrations de Pierre-Yves Gervais

"...émeraude rare le mot coléoptère ramassé dans un maximum de couleur carapace élytres strictement serrées caillou creux presque coquille et nacre d'escargot sec dans un champs de petite luzerne ... "


Le dé bleu, 1986

JAMES SACRÉ
La petite herbe des mots

"J'attends la nuit, mais pas pour oublier, je vais
pouvoir penser n'importe comment à tout. "