JAMES SACRE

JAMES SACRE
Tissus mis par terre et dans le vent
Photographies de Bernard Abadie

Les photos sont tirées sur un papier mince
On les croirait déjà sur les pages d'un livre.
L'aspect mat de la couleur accentue
L'impression qu'on a d'être
Dans un temps de saison qui s'éteint, il y aurait des brumes
Un reste de neige, ou c'est déjà
Le soir, la nuit presque venue; ou peu de lumière
Dans un magasin ou quelque buanderie nue.


JAMES SACRE
Trois anciens poèmes mis ensemble
pour lui redire je t'aime

J'ai su qu'elle s'avançait dans la transparence et vers l'automne (mais c'est peut-être une fin d'été verte). Il y a eu la nécessité d'écrire une phrase qui fût de la lumière et de l'herbe.


JAMES SACRE

Portrait du père
en travers du temps

DJAMEL MESKACHE

Tout ce que mon père est en moi
Et qu'en même temps ça n'est pas lui.


JAMES SACRE
D'autres vanités d'écriture

Ainsi ce qui m'a fait prendre plus nettement conscience que la poésie (celle que je crois pratiquer) est un jeu vivant d'arrangements dans la langue, des gestes de mots qui ont aussi à voir avec les autres gestes de mon corps, et partant avec ceux de mes semblables, se révélait être non pas un moyen de mettre en branle les matériaux d'écriture, mais, tout bonnement, était un de ces matériaux. Le pouvoir d'explication du concept d'isotopie devenait dans son incarnation écrite la même obscurité questionnante que le reste. Comme il arrive bien sûr, à l'occasion, que ce soit le cas avec telle « disparition» démesurée d'une lettre de l'alphabet, ou tels retours de mots d'une sextine.




Maison de la Poésie, Rennes, mars 2010



JAMES SACRE
Sans doute qu'un titre est dans le poème

J'ai pensé à des petits poèmes trapus, les vers tous de la même longueur. Une rime comme de la couleur. Maison qu'on a crue solide au fond du cœur. Plein de travaux pour vivre ont fait qu'on l'a transformée défaite c'est vrai qu'elle n'est plus qu'un long souvenir à l'estuaire du temps. Comme un liquide qui a coulé. Qui dessine sa perte.

 


JAMES SACRE
Anacoluptères

...émeraude rare le mot coléoptère ramassé dans un maximum de couleur carapace élytres strictement serrées caillou creux presque coquille et nacre d'escargot sec dans un champs de petite luzerne ...


JAMES SACRE
Un paradis de poussières

On la pense plutôt comme une belle pièce d'étoffe l'amitié
D'un seul tenant, solide, quelque chose
D'entier, vêtement
Comme un bras qui te prend l'épaule. C'est mal penser.
C'est jamais
Que des moments pas longtemps, des gestes
Mal cousus à l'histoire de quelqu'un d'autre
Quasiment rien guenilles de mots
Pour dire on sait pas quoi, passer
Dans l'énigme du monde: l'amitié.


JAMES SACRE
Une petite fille silencieuse

S'il est seul dans la maison et quelques bruits
(La rumeur du chauffage, un robinet qui goutte, le presque silence),
Le livre qu'il a ouvert n'a plus ni commencement ni fin.
Dans la pièce à côté personne pourrait savoir que les deux chats sont là.
La couleur des boiseries attend.
Tout ressemble à de la tranquillité, un meuble craque,
Et comme un sourire et des larmes sont quelque part
Dans la lumière diminuée maintenant que c'est le soir.


JAMES SACRE
Le poème n'y a vu que des mots

D'aller ici, comme je fais, entre peintures
et poèmes, ou paysages peintures et poèmes, c'est
peut-être comme lancer vers un improbable but, sur
un plan de parcours en forme de fond de péniche, une
boule de fort particulièrement déséquilibrée.

 

Couverture: fragment du manuscrit de l'auteur


JAMES SACRE
Aneries pour mal braire

Un jour il n'y aura plus d'ânes du tout, c'est sûr. Le dernier que je connaissais vraiment par chez moi (on allait tous les matins chercher le fourrage vert champ de sarrasin pas loin, après les premiers buissons, charrette juste un fond de planches monté sur un essieu bas) j'aimais bien ses yeux doux, son corps d'âne rieur et tout montré, souvent.
Justement quand ça sera fini les ânes quelque chose va nous manquer, cette façon d'avoir ensemble le plus fin et le plus grotesque:
Beaucoup de silence ramassé dans les yeux puis d'un coup l'espace en forme de trompette mal jouée qui dit ce qui manque à la prétentieuse harmonie du monde.

On finira par ne plus savoir. De temps en temps je touche à mon ventre, à ma bêtise. Je crois deviner que c'est important d'écrire aussi comme un âne.

 


JAMES SACRE
Si peu de terre, tout

"Là où je suis né il y avait un paysage, des activités de travail, des gestes que faisaient les hommes et les femmes, des jeux d'enfants aussi naïfs que rusés, de l'amitié et des méchancetés. Quelque chose entre le mot terre et le mot paysan.
Juste un peu plus loin dans le bourg, on parlait pas pareil, les gestes n'étaient pas les mêmes, le monde vous donnait d'autres phrases, et peut-être d'autres histoires.
J'avais toute cette terre à mes semelles.
Mais je savais marcher pieds nus dans les champs. J'étais plein de noms d'arbres et de noms d'animaux (avec de vrais feuillages et de vraies bêtes dedans, quand je les disais). J'ai fini par bien essuyer mes pieds quelque part.J''ai fait que retrouver les mêmes choses, comme un peu déguisées. Comme un peu de traviole dans les mots que j'avais. Quelque chose entre le mot ville et le mot paysan. "

Couverture : sculpture d'Olivier Giroud


JAMES SACRE
La petite herbe des mots

J'attends la nuit, mais pas pour oublier, je vais
pouvoir penser n'importe comment à tout.

 


Rochefort-sur- Loire, juillet 2008