PHILIPPE BECK

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Dictées

"Il est au jardin fermé, couvert d’un léger
réseau de cuivre où poétisent des oiseaux,
un continu d’élans mêlé au parfumé
de fleurs qu’accompagne un moulin orchestré."

" La loi est une volonté
descendante sous les braises.
Le voulu chauffé accepte le destin
du pot de terre
qu’abat le Pronom de Fer.
La colère plante des fleurs
d’appartement et de pavés tourmentés
chaque jour opéré.
La rue se vide à mesure que ses dictées
rythmées montent dans l’air abécédaire.
Toujours a la respiration coupée.
Ou bien Rue ne manque pas
d’air à défaire. "


Jeudi 8 décembre 2016

Philippe Beck et Jacques Rancière.

Rencontre autour du livre
Le sillon du poème
En lisant Philippe Beck


Maison de la Poésie de Rennes

ENSAB (Ecole Nationale Supérieure d'Architecture de Bretagne) RENNES

 


Jacques Rancière: " Votre poésie s'impose ainsi comme une tentative profondément originale d'utiliser une forme poétique pour penser la poésie et la penser comme une forme de la pensée. Il n'y a donc pas lieu de la situer par rapport à l'idée d'une post-poésie ou de l'identifier à quelque détermination époquale d'où elle tirerait sa légitimité. Elle existe par elle-même. Elle permet de penser beaucoup de choses sur la poésie et sur la pensée. C'est pour moi une poésie qui vient après et non une post-poésie. Un après qui n'est pas un orgueil de la bonne formule des temps nouveaux ou une délectation morose de la fin, mais maintient l'avenir ouvert; un après-avant donc qui est en même temps un entre-deux."


Jacques Rancière, Tim Trzaskalik, Philippe Beck


PHILIPPE BECK
un chant objectif aujourd'hui

Actes du colloque de Cerisy-La-Salle

"Un chant, aujourd'hui; chant objectif. La poésie de Philippe Beck est le chant d'une chercherie, le chant d'un « chercheur qui est obligé de ne pas confondre le contemporain et le moderne ». Et moderne est ce chant au sens où, selon une définition possible du moderne formulée par Jean-Christophe Bailly, il « excède l'air du temps »; et contemporain parce qu'il est, « à proportion du brouillard de l'époque », une relance singulière de la poésie qui invite le lecteur à être le contemporain de ce chant, de cette « puissance progressive »." Gérard Tessier


PHILIPPE BECK
Opéradiques

"Il y a surtout les documents du travail répété.
d'Alembert dit que l'idée de mesure
est tôt venue, non par chant d'oiseaux
qui n'ont pas la mesure,
mais par bruit de marteaux réguliers.
Les tâches ont des frappements ;
et rames de pirogues, avirons,
meules et moulins,
pelles, auges, enclumes et mortiers
aux travaux forcés
ont musicolé,
bras, pilons et marteaux mobilisés.
Régularisants et signalants.
D'où des socs musicants.
Des sons battus en tracements mobilisants.
Closson pose que Premier Instrument
n'est pas un instrument :
botte de fruits secs secouée rythmiquement,
ou paquet sabotté,
c'est le premier n'importe quoi.
Après le rampement, le document
par clappement de moulin,
ronron de métier à tisser
à Monotonie Heurtante.
Donc, mortier de couvre de peau,
et d'étoffe indigo humide
et commence le jeu articulé."


Philippe Beck, un chant objectif aujourd'hui
Centre culturel International de Cerisy-La-Salle
Du lundi 26 aout au lundi 2 septembre 2013












La page Jacques Rancière sur ce site(Lieux-dits)










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De la Loire

Prairie de Mauves. Moment 1.

... Il y a des huiles inégales sur l'eau, pages d'huile de pluie. Des tuiles, pages de perles liées, plans d'ardoise ou de verre gris. Loire est un nuancier habité. Un éventail édité par le monde. Rivé à des arbres roux, à des berges d'huile d'argent. Des orangeades au ciel.Animalement, pinceau plonge aux pots de peinture dedans. Où trempe Dehors.

 


PHILIPPE BECK
Lyre dure

...Il boit une eau de pensée.
Il a un buvard de ciel,
qui est sa peau de cuir
voyant
...
(Lyre d'& X)

...Je suis un potier
dicté.Il note les évènements au tour
dans la glaise qu'il continue....
(Lyre d'& XVII)

...C'est le Soupir Traversé
qui ambiance le Coeur;
Il est de la nature du feu
Il produit et diffuse lumière
dans des sons.
Mais Soupir Fleuve
lance des étincelles qui se posent
dans des fleurs. Problème.
Elles donnent un miel de lune.
j'y reviendrai, après le "Elle Elle"
(Zanzotto)...
(Lyre d'& XVII)

"L'instinct de reproduire notre espèce
a reproduit une foule d'autres
choses"(Lichtenberg, F 1079).
Les cors merveilleux.
Des meuh-meuh.
Sabots-diamants
de nuit lourde
sur marais gris.
L'averse, grappe de diamants
sur terre noire;
l'angle spécial de parapluie,
armure ou "marchandise douce".
La "pluie de feu", la plante rouge
d'Ocampo.
L'amant de plume et de cuir
voit la broderie de Brabant.
La nouvelle édition de t.
Oeil fait voir les autres sens.
J'ai désigné avec pommeau de canne
ce qu'il faut montrer
avec tête d'épingle ou perle
et point d'épée aussi?
Parfois.
Si je sors de chez moi,
je ne me connais pas?
Si.
...
(Lyre d'& XXXII)


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Un journal

"Soi est un départ. Il ne se laisse pas. Un départ dans le temps. Soi est la laisse : l'ensemble des ripple-marks déposés par les rouleaux, imprimé dans la perspective de l'été, sur de la plage. Un enregistrement de sable, voilà quelqu'un."

"Nageur plane en traversant la matière de rêve. « La gravitation est le principe générateur du corps. Le vol et la natation servent à comprendre la vie et la mort » (Lipavski). Gravitation fonde inspiration : Inspiration « ressemble à un regard fixé attentivement, à la clarté et à la liberté. C'est l'attention aiguë, l'admiration devant le monde. Donc ce qui s'en rapproche, c'est l'attendrissement, le vertige dans le vaste espace, l'oubli de soi-même ». C'est « entrer dans le courant du monde et y nager, comme dans une rivière » (Lipavski). Inspiration « ne préserve pas des erreurs » (Vvedenski). Elle préserve d'erreur générale, mais non d'erreurs particulières. D'où du travail dans « une légèreté naturelle ».


"Celan suggère ce que le poème n'est pas.

« Le poème absolu - non, il n'y en a certainement pas, il ne peut y en avoir ! »
« Le poème n'est pas un de ces produits de la langue composés de "paroles" ou de "mots", sur-différenciés sur le plan phonétique, sémantique et syntaxique. Ni [...] une "musique de mots", ni [une] "poésie d'ambiance" tissée de "couleurs sonores", ni [le résultat] de créations, de concentrations, de démolitions ou de jeux de mots, ni [...] quelque nouvel "art d'expression", ni [une] "seconde" réalité dépassant symboliquement le réel » (traduction Andréa Lauterwein).
Bien. C'est le programme d'un cœur qui roule dehors. "

"Samedi 4 mars 2006,
À Jean-Christophe Bailly

« L'art est pour moi le moyen de communiquer avec les autres. »
(Moussorgski)

"Voici une aire dédiée aux points de suspension. Ils sont comme oxygéne pluriel sur pages d'existence. Poinçons glorieux et profanes, livrés au devenir, à l'épisode, ils diffèrent des points de relégation, qui dégradent des réalités et les rentrent par voile de typographie."

 


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Chants populaires

Ouverture

Chants sont des contes refaits.
Des rédifications.
Morale vient dans la suggestion.
Comme un tambour.
Elle est populaire, car des publics
la cherchent parmi des morceaux
de religion à terre.
Des contes refusent la clé,
comme le dernier sur une clé
qui tourne et tourne.
Ici, il y a des postcontes,
des morales dramatiques,
intermédiaires.
Après l'ère des variétés.
Moralité va et vient,
cercle électrique.
Quelqu'un peut allumer un chant
comme une ampoule dans la chambre
du particulier.
Je dis « des publics », car des peuples
remuent dans le public fantôme.
Mais une morale tourne au tunnel
de maintenant, où circulent
des gens. En nombre.
Dont des esclaves hautains.
Et des parents demandent
aux enfants de pré-dormir pour écouter
des histoires vivantes et usées.
Ici, les chants essorent le sec
des récits. Le reste d'humidité
conventionnelle est tombé et évaporé.
Il y a une nouvelle humidité ensuite?
Oui.
Dans l'hiver indien,
ou le divan du couchant.
divan vertical...

 

37. Graine

"Champ est un point de départ.
Sur la carte.
Des bêtes donnent. Vues d'avion.
Échangées contre une possibilité
de fleurs.

Graine est tombée en chemin.
Elle donne l'arbre qui monte.
Jusqu'au plafond de ciel imaginé.
Image d'avion supérieur.
Ou de la carte en haut.
Imprimée de haut en bas.
Il y a des anges manuels.
Ou des esprits ouvriers. Supposés.
Arbre est un escalier ?
Pour voir les ouvriers spéciaux ? Oui.
Mais l'arbre balance.
Ouvrier Monté a une corde de paille.
(L'or pâle se tresse utilement.
Le long d'une épaisseur dans le vent.)
Il prend des outils apparents.
Pour composer des nuages
irritants ? Il descend.
Tombe au fond d'un puits
et par une hache de ciel supposé
taille les marches d'escalier
qui monte jusqu'au monde
où des graines sont semées
dans la superficialité.
Avant l'impossibilité des fleurs."

D'après "Le fléau rapporté du ciel"


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Dans de la nature

"...Pinceau de peuplier trempe
dans le pot inverse
de ciel bleu,
et ce sac métallique voûté
est le fond suspendu
du trouble des branches
qui peignent de racine à cime
tableau infini,
retableau sur la couverture
du lit occupé du fleuve,
et la modernité de côte classique
s'accomplit.

Pinceau de branches pousse vite
et s'agite sous le vent
dans le pot de bleu symétrique,
lancé sur l'air balayeur
dans la pluie.
Il balance dans un vent imbu
de soi et des hommes suspendus
à Météo. Eux,
ils sont des centres
de réparation automobile
enveloppés dans Paysage,
dans sa broderie,
et autour du Self Rouet
ou Canette Paysage pique
et surpique. Pique encore.
Malgré Fiche de Lecture Intérieure.


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Le Fermé de l'époque

"Je ne suis pas le fermé d'une époque.
pas le fermé de l'époque.
Or, chacun est au mieux de son temps.
L'époque se ferme dans l'élargissement
de la parenthèse essentielle.
L'ouvert, 1'« homme ouvert »,
notamment: le poëte ouvrant
(décabriolet)
se ferme lui, et
re-ferme puis dé-ferme
pour la « néo »-simplification
(synthétique)
ce qu'il faut.
De la prose est fermée
par l'époque déjà farcie;
de la poésie exceptionnellement
ouvre lourdement
l'époque, une époque,
la scalpélise ou la délabélise. "


PHILIPPE BECK
Garde-manche hypocrite

"Sillonnant des virgules de chaux barbelée,
raillé,
je-bœuf muni d'oreilles (quatre) ; moine au volant
qui cambre avec le doigt-prédicat
le bruit sourd, implaqué
de l'autoroute prussienne ;
toutes les quatre secondes.
La route est raillée, discrète
vers la grille."