DOMINIQUE QUELEN

DOMINIQUE QUELEN
Revers

« Un jour j’ai un cliquetis drôle dans le haut de la tête
mais la machine va bien et alors ça va. Ça va passer
ou se dissiper. Je dérègle un truc et je tombe. Je
provoque ça. Je l’arrache à une insomnie longue et
douloureuse. Le jour fait un bruit de pas où des gens
et des oiseaux iraient et viendraient. Autres soup-
çons d’amour. Autres fêtes. Corps et têtes d’oiseaux
empaillés à des lieues du bruit rigolo. Fais-le dans le
rêve et dans l’insomnie ensemble. On l’a. Il provoque.
Et puis vous et nous on dérègle à fond et on se meurt.
C’est ça et quoi ? Ça et la dure machine de la tête ? La
vie passée dans des cliquetis ? Pluriel de un ? »

 

 


 « La nuit. Belle leçon d’art et de beauté ! On l’inflige
à un oiseau ? Comme à l’objet dont la fuite et le fin
gazouillis de joie ont un son égal. Quel vol ? Quel
cri est-ce ? C’est une rage qu’il faille le dire dans ce
poème. L’ai-je mis en ordre ? Il est naturel d’oser des
visions de choses diurnes sur des choses nocturnes.
Des jours. Naturel d’oser l’ordre de dissiper l’obscu-
rité dans chaque faille. L’oiseau a une limite. Il est en-
ragé en vol. Le mur du son. Énorme ! Et de la nuit la
fin est prévue. La voici. C’est à toi. Un oiseau ou toi
avez l’opportunité de tirer la leçon alors tire-la. »

 « On est fatigué. Ne peut-on ? Ne sait-on ? Oui ? Com-
ment mal s’y prendre ? Cette note en dessous ou en
haut. Cet acte d’être sur du sol. À ça du réel endroit
où sans cesse on a le but d’aller. Changer n’étant ni
une ni deux. Le but ? Pour y faire quoi ? De parler
on meurt d’une fatigue à aucune fin. Une façon de
mourir de cette façon. Il n’y a aucune autre mieux.
D’un autre parler avec quoi faire usage à part le
corps ? Pire ni mieux à changer en quoi pour le dire
mieux sans excès de réel ? Le langage ? Du dé et de
l’acte de jeter ici ou là telle note ? Le dé à prendre en
main comment si rien ne sait le dire ? On ne sait.
Sait-on ? »

 



Morlaix, novembre 2015


Combourg, Octobre 2015


DOMINIQUE QUELEN
avers

"Il n'y a rien. Se dire ça. On saisit ? C'est par ici ou par l'une ou autre oreille que ci et ça entrent. Il = je = tu = lui = moi ? Il manque qui ? À cette liste ou chose portable qu'on a lue n'est absent que le pronom toi. Vrai ou faux ? Sentiment vrai de la vérité ? La vérité ? La vie ? Ce n'est pas ça. La vie = un songe. La poésie y va de ce sentiment ? Oui. Non. Vrai et faux. Ni le lieu où on est ni l'ombre qu'on a. La chose moyenne. Cette poésie manque. Une langue lui manque ici. Il en faut une et on a l'oreille dessus ! Et l'oeil ! Bout par bout on saisit du sens. Où se planquait-il ?"



Maison de la Poésie de Rennes, mai 2014


DOMINIQUE QUELEN
Loque

"La forme des jardins de Rome. Blouson pick-up. Assagialo, amico. Prendi. Avec une audace oui proprement de mouche qui te tourne autour. Et ces yeux, ces yeux. Tout est jaune ici, jaune pâle. Ou ocre. Ou blanc. Toute la végétation est naturelle, oui. On vend des perles, des porte-clés, des baskets, bottes, bottines, ça n'a jamais vraiment marché. Le cuir des fontes, le fer des cantines, la nage en bassin. Santa Maria dei Set te Dolori. Tout par sept, amico : sette lingue, sette paure. Un misto di tutto, vero ? Et l'autre pendant ce temps : ceci est mon corps, etc. Jusqu'ici : et il montre avec la main. Toute une organisation. Et d'où le sors-tu ce petit couteau de dame. Touche mon ventre. Ces petites taches ? Je crois depuis toujours. Vois le tableau du Caravage : Narcisse, son genou-tubercule au centre. Et là-dessus, le vélo. Un mi-course, oui, mais avec ça tu traces. Et lui le fémur droit. Tumeur. Sa vie dans un fauteuil (depuis un vingt-cinq mai,figurati). C'est là qu'il a sorti sa phrase obscure : La nature a la beauté de ce dont elle est l'ordre. Il est gaucher mais il désigne tout de la main droite. Un sujet quelconque. Soutien-gorge, à petits bonnets oui et non. Tu fais fortune en deux ans. Pas le fémur cette fois. La torsion du poignet. "


DOMINIQUE QUELEN
Câble
à âmes multiples

"Tout en s'activant chacun de leur côté, on sent qu'ils communiquent. Les corps sont à présent soudés entre eux au point de former une masse indistincte et de couleur neutre, ou alors c'est parce qu'ils sont dans un recoin. Ce que voyant, l'œil du jeune attaché se dilate et se contracte tour à tour, ainsi que son cœur qui a quand même souffert par le passé. Un bon désir le pousse et l'entraîne. Il se verrait bien tenter quelque chose, un geste, une attitude un peu audacieuse. Mais un écriteau prévient : Attention, possibilité de jus dans ce câble. Il faut en rabattre et subir, comme les autres. Au lieu de s'en plaindre, il s'en félicite et s'en réjouit : il n'y a pas de honte à s'abaisser. L'affolement de son cœur et de son œil, il en convient, n'était que le résultat mécanique de l'action d'un clapet."


DOMINIQUE QUELEN
Le temps est un grand maigre

Souplesse, soupir de toute la matière quand la pluie cesse et que dans la cour en sont à se redresser les arbres, feuille à feuille. C'est là qu'on entend le bruit mou d'un moteur qui a chauffé. Au bord du capot, la main prête à saisir se rétracte. Il y a dedans et dehors à présent. Une fois levé (comme les deux versants de quelque montagne au loin rêvée sous la neige), le bruit du dessous s'échappe. La main fait alors un signe au sens obscur et disparaît. - Et rien ne devrait finir avec elle? Le moteur et l'arbre et la cour sont pourtant la même pièce dans une autre main qui a bougé un peu plus haut.



DOMINIQUE QUELEN
Comme quoi

né noyé. Avec tout, avant de tout perdre. Peaux
successives rentrées, vêtements séchant sur les os,
les nerfs, les vases et les boues pélagiques. Les
ôter, travail délicat. Le corps étreint et modelé par
un jeu de forces. Plus étroit sans chiffre ni autre
effort qu'un chemin possible où sont déposées des
lois (le sentiment des faits, leur situation respective),
au ras d'un sol où les pieds sont naturellement
formés d'un dépôt. L'espace entre les choses
les cimente