C

MARIE-CLAIRE CALOZ-TSCHOPP
Résister en politique,
résister en philosophie
Avec Arendt, Castoriadis et Ivekovic

«Pour moi, être heureuse, c'est ne pas subir. La liberté sans la rigueur n'est pas intéressante.»
Marta Argerich, Le Courrier, 8 juin 2006.


Résister, c'est s'arracher à la servitude pour découvrir la liberté. Résister, c'est garder vivante la découverte d'apories de la modernité, l'expérience totalitaire dans les conflits de mémoire collective et aux frontières de la démocratie. Résister, c'est se situer dans une période (post)coloniale, (post)communiste, (post-)totalitaire, époque où la planète est finie, c'est-à-dire où il n'y a plus d'extérieur où exporter la guerre impérialiste, où piller les ressources, où jeter les déchets, où expulser ou procéder à des meurtres de masse. Résister, ce n'est pas vouloir prendre le pouvoir guerrier pour répéter le cycle de la domination dans un contexte de destruction et d'extermination directe ou déléguée (politiques du sida, externalisation des conflits, etc.). Ni faire la guerre. Ni céder à l'illusion de la force instrumentale présente dans les dispositifs, les outils, les armes. Résister, ce n'est pas non plus réinventer une utopie messianique. C'est une position à tenir, un choix, un acte politique où se met en route l'agir de l'égale liberté, où s'apprennent, s'exercent la subjectivation relationnelle créatrice, l'autolimitation toujours fragile aux frontières de la politique. La résistance (post)coloniale, (post)communiste, (post-)totalitaire se réapproprie l'imaginaire, la puissance démocratique dans l'histoire d'aujourd'hui qui arrête (rupture) et réinvente (commencement, événement), se réapproprie le temps (durée, rythme), l'espace (non réductible au territoire étatique et intergouvernemental de police), le mouvement (la mobilité ne se limite pas « au droit de quitter son pays» de l'article 13 de la Déclaration des droits de l'homme, la gouvernance autolimitée. En débusquant la censure, l'autocensure de la pensée, de la parole inscrite dans l'obéissance), le plaisir de vivre, la parole, les astuces de la pensée dans l'agir, l'autolimitation en face du spectre de la mort de masse et de la destruction de la planète.


BARBARA CASSIN
Avec le plus petit
Et le plus inapparent des corps

Il ne s'agit que du rapport entre langage et réalité, et des pouvoirs des mots. Une vie d'homme, à savoir une vie de cet «homme» qui est une femme, au sens où l'homme est un vivant, un animal mortel doué de logos. Comment une femme, avec souci de soi et souci du monde, est-elle douée de logoss? Comment use-t-elle du plus petit et du plus inapparent des corps ?
Plusieurs types de parole, plusieurs frappes sont possibles. Elles ne sont pas équivalentes; elles sont concurrentes - au sens de concourantes, aptes toutes ensemble à dessiner un certain paysage, le même dès qu'on le regarde d'assez loin et qu'on en accepte la perspective.

 

ROBERT CASTEL
La Gestion des risques

À partir de la situation des années soixante-dix il serait ainsi dégagé deux lignes de développement des stratégies de gestion de l'individu très différentes, en apparence opposées, mais qui pourraient s'avérer complémentaires. La constitution de populations à risques déconstruit complètement l'individu dans le cadre d'une planification administrative programmée à distance. Au contraire, les stratégies d'intensification des potentialités de l'individu s'attachent à travailler sur l'individu lui-même et à maximiser ses capacités. On ne saurait donc les assimiler, ni même semble-t-il, les comparer. Cependant ces approches se caractérisent par le même pragmatisme, le même souci d'efficience, et la même volonté d'instrumentalisation, tantôt pour conjuguer les menaces que portent certains individus ou groupes d'individus, tantôt pour maximiser leur rentabilité. Elles pourraient ainsi constituer deux pôles complémentaires d'une même politique, l'un imposant un contrôle centralisé et bureaucratique des populations susceptibles de poser problème, l'autre intervenant au plus près des individus pour les adapter à un système d exigences qui, lui aussi, plane bien au-dessus de la tête des individus concrets.

 

CORNELIUS CASTORIADIS
La page Castoriadis sur Lieux-dits


YVES CITTON
la page Yves Citton sur ce site


GILLES CLÉMENT
La page Gilles Clément sur ce site

ERIC CLEMENS
La fiction de l'apparaître

Antonin Artaud force le corps de la vie au dehors de la langue.
La fiction fait naître - laisse être l'à-naître (la nature) par cris des langues qui défont les masses et les formes, le sans-temps et le temps mort, et par langues des cris qui font et refont les langages, les corps, les phénomènes. Elle n'est pas auto-engendrée au sens d'une création sans fond, mais polyphonique, protéiforme, disséminée, toujours entre­temps, entre avant-temps et fins du temps, décisions de différance. La fiction est surgissement des cris, des signifiances toujours premières, inachèvements et recommencements, langues et langages, histoires. Son déploiement se déchiffrera dans l'expérience littéraire.

EMANUELE COCCIA
La vie des plantes
Une métaphysique du mélange

"Plus qu'une partie du monde, l'atmosphère est un lieu métaphysique dans lequel tout dépend de tout le reste, la quintessence du monde compris comme espace où la vie de chacun est mêlée à la vie des autres. L'espace dans lequel nous vivons n'est pas un simple contenant auquel nous devrions nous adapter. Sa forme et son existence sont inséparables des formes de vie qu'il héberge et qu'il rend possibles. "


EMANUELE COCCIA
La vie sensible

"Le sensible, comme l’avait déjà écrit Aristote, appartient à l’individu singulier, et il est toujours « quelque chose d’extérieur », non seulement aux choses, mais avant tout à l’âme des vivants capables de le percevoir. Le dehors ne coïncide plus alors avec le monde, avec l’objectivité, avec les corps : la pointe extrême de l’extériorité est peuplée seulement d’images."

"Nous vivons sous l’influence pérenne du sensible : odeurs, couleurs, sensations olfactives, musiques. Notre existence – dans le sommeil ou en état de veille – est un bain infini au cœur du sensible. Les sensibles – dont les images ne cessent de nous nourrir et d’alimenter notre expérience diurne ou onirique – définissent la réalité et le sens de chacun de nos mouvements. Ce sont eux qui donnent une réalité à nos pensées, ce sont eux qui donnent corps à nos désirs. "


Ouvrages Collectifs

Arjun Appadurai / Zygmunt Bauman / Nancy Fraser / Eva Illouz / Ivan Krastev / Bruno Latour / Paul Mason / Pankaj Mishra / Robert Misik / Oliver Nachtwey / Donatella della Porta / César Rendueles / Wolfgang Streeck / David Van Reybrouck / Slavoj Žižek
L'Âge de la Régression

Heinrich Geiselberger: "Incapables de se confronter, avec les outils de l’État-nation, aux causes globales de ces grands défis que sont la migration, le terrorisme ou les inégalités grandissantes, incapables de s’y confronter au moyen de stratégies à long terme, les hommes politiques misent toujours plus, à l’échelle nationale, sur l’attelage « Law and Order », ainsi que sur la promesse de rendre toujours plus « grandes » leurs nations respectives. À l’évidence, on ne peut plus offrir grand-chose, en un temps d’austérité, aux citoyennes et citoyens – qu’ils soient salariés, étudiants ou usagers de l’infrastructure publique. Le centre de gravité de l’agir politique se déplace donc en direction de ces autres dimensions que sont l’appartenance nationale, les promesses de sécurité et de restauration de la grandeur d’antan.
On pourrait poursuivre presque à l’envi la liste des symptômes actuels de régression : désir nostalgique d’une dé-globalisation anarchique et unilatérale ; consolidation des mouvements identitaires, par exemple en France, en Italie et en Autriche ; propagation du racisme et de l’islamophobie ; forte augmentation des « crimes de haine » ; et, bien évidemment, montée en puissance de démagogues autoritaires du type Rodrigo Duterte, Recep Tayyip Erdoğan ou encore Narendra Modi… Tout cela s’accompagna, dès la fin de l’automne 2015, d’une hystérisation et d’une brutalisation extrêmes des débats publics, les grands médias audiovisuels ayant souvent fait preuve à cet égard d’un certain esprit moutonnier. "


"Les événements qui se sont produits depuis la fin de l’automne 2015 – l’évolution du conflit syrien, le vote en faveur du Brexit, l’attentat de Nice, les succès électoraux de l’AfD [Alternative für Deutschland] en Allemagne, la tentative de putsch en Turquie et la répression politique qui s’ensuivit, l’arrivée de Trump à la Maison-Blanche, etc. – forment un bien funeste panorama et sont venus confirmer le sentiment que nous nourrissions dès cette époque, celui d’une régression généralisée allant en s’aggravant."

David Van Reybrouck: " Pour le dire autrement, la perte de souveraineté économique engendre partout une posture consistant à brandir l’idée de souveraineté culturelle. La culture devient ainsi le siège même de la souveraineté nationale, une telle évolution adoptant des formes très diverses. Prenons la Russie de Vladimir Poutine. "

Zygmunt Bauman : " Au lieu de tenter de déraciner les peurs existentielles provoquées par une telle situation, et de tenter de le faire sérieusement, de façon cohérente, coordonnée, sur le long terme, les gouvernements du monde entier ont sauté sur l’occasion de combler le déficit de légitimité qui les affligeait tous, lequel résultait des reculs de l’État-providence, des reculs de la « sécurisation » des problèmes sociaux par l’État, et donc du recul d’une authentique pensée et action politiques, ainsi que de l’abandon des efforts menés après-guerre pour instituer une « famille des nations ». Les craintes des populations, encouragées, alimentées et avivées par une alliance tacite, mais étroite, entre élites politiques, médias de masse et industries du divertissement, et avivées plus encore par la marée montante des démagogues, sont envisagées comme une matière première ô combien précieuse, qui se trouve habilement exploitée au service de divers objectifs – un véritable capital politique à faire fructifier, convoité qui plus est par les pouvoirs économiques désormais débridés, ainsi que par leurs lobbies politiques et autres exécutants fort zélés."

 Nancy Fraser: "sans une gauche authentique, le chaos du « développement » capitaliste ne peut que générer des forces libérales et des contre-forces autoritaires, réunies dans une symbiose perverse. Loin d’être l’antidote au fascisme, le (néo)libéralisme est ainsi son complice et partenaire criminel. Le véritable antidote au fascisme (qu’il soit un proto-fascisme, un quasi-fascisme ou un fascisme réel) ne peut consister qu’en un projet de gauche réorientantant opportunément la colère et les souffrances des dépossédés au profit d’une profonde restructuration sociétale et d’une « révolution » politique démocratique. Jusque très récemment, un tel projet ne pouvait pas même être envisagé tant les lieux communs néolibéraux se montraient hégémoniques, jusqu’à l’asphyxie. Mais grâce à Sanders, Corbyn, Syriza et Podemos – si imparfaits soient-ils tous –, l’idée même de possibilité, de perspective, fait son retour. La leçon à tirer de tout cela est en conséquence assez claire : la gauche devrait refuser de choisir entre un néolibéralisme progressiste et un populisme réactionnaire. "

Pankaj Mishra : "...dans une société mercantile, les gens ne vivent ni pour eux-mêmes ni pour leur pays, mais pour la satisfaction de leur vanité ou de leur amour-propre, c’est-à-dire le désir et la nécessité de s’assurer la reconnaissance d’autrui, d’être estimé par eux tout autant que l’on s’estime soi-même. Mais cette vanité, dont le compte Twitter de Donald Trump est la manifestation la plus éclatante, est condamnée à être perpétuellement insatisfaite"

"Il n’est donc pas étonnant que de plus en plus de gens partent à la recherche de boucs émissaires et s’attaquent violemment, notamment sur Twitter, aux femmes, aux minorités ou parfois, tout simplement, à une personne. Ces racistes et misogynes ont à l’évidence longtemps souffert de ce qu’Albert Camus, reprenant la définition du ressentiment donnée par Max Scheler, appela en son temps « une auto-intoxication, la sécrétion néfaste, en vase clos, d’une impuissance prolongée ». C’est cette boue toxique – sorte de maladie gangréneuse des organismes sociaux – qui, après avoir été longtemps et ouvertement malaxée par des médias du type Daily Mail et Fox News, a littéralement jailli, telle de la lave lors d’une éruption volcanique, avec la victoire de Trump.
Que riches et pauvres confondus votent pour un menteur pathologique et un fraudeur fiscal invétéré confirme une fois encore que les désirs humains opèrent de façon parfaitement indépendante de la logique de l’intérêt bien compris, et peuvent même la détruire. Nous nous retrouvons donc dans une situation funeste, qui évoque bien des choses à ceux qui connaissent l’Histoire, et notamment celle de la fin du XIXe siècle – où des masses mécontentes se laissèrent séduire par des alternatives radicales à une politique et une économie rationnelles qui avaient fini par se retourner contre elles. "


 Bettina Laville, Stéphanie Thiébault, Agathe Euzen
L'Adaptation au changement climatique

"Pourquoi le changement global est-il ici favorisé pour étudier l’adaptation ? Sans doute parce que les variations du climat ne sont pas les seules modifications auxquelles l’humanité doit faire face. Il y aussi des transformations physico-chimiques (comme l’acidification des océans, les pollutions…) ou biotiques (pathogènes, parasites, prédateurs, compétiteurs), ou des modifications à la base de la chaîne trophique (ainsi moins de plancton source d’acides gras polyinsaturés pour les niveaux trophique supérieur), ou sociales. Il est donc plus que nécessaire d’étudier les réponses adaptatives à ces nouveaux changements environnementaux. C’est précisément le fil de cet ouvrage qui fait le point sur les définitions parfois diverses de l’adaptation, sur ses dynamiques, sur les possibilités des divers écosystèmes à s’adapter aux nouvelles conditions climatiques, sur les outils à la disposition des sociétés et enfin, sur l’adaptation comme enjeu de territoire. "

" Le GIEC définit l’adaptation comme « démarche d’ajustement au climat actuel ou attendu, ainsi qu’à ses conséquences, de manière à en réduire ou à en éviter les effets préjudiciables et à en exploiter les effets bénéfiques ». Il souligne que l’adaptation est très complémentaire de l’atténuation et qu’il faut envisager les deux types de mesures afin d’assurer la cohérence des politiques climatiques avec le développement durable. L’adaptation est susceptible de gérer les risques actuels et de permettre de réduire les incidences du changement climatique au cours des quelques décennies à venir. À l’inverse les mesures d’atténuation ont relativement peu d’influence à cette échelle de temps mais elles en ont une sur le rythme et l’ampleur du changement climatique au delà du milieu du XXIe siècle avec une probabilité de dépasser les limites de l’adaptation à mesure que ce rythme et cette ampleur augmentent. "


BERNARD STIEGLER, PAUL JORION, EVGENY MOROZOV, JULIEN ASSANGE, DOMINIQUE CARDON
François Bon, Thomas Berns, Bruno Teboul....
La toile que nous voulons

"On voudrait suggérer que s'il faut porter un regard critique sur les nouvelles réalités numériques, il est peu judicieux de le faire dans le vocabulaire de la contrainte, de l'aliénation ou de la domination. [....] Le vocabulaire de la censure, de la déformation, de la tromperie, de la manipulation, de l'injonction ou de la programmation des subjectivités, etc., porte sur une réalité nouvelle un diagnostic critique qui a été inventé à propos d'une réalité ancienne. Il rate sa cible en proposant un diagnostic si contre-intuitif qu'il est à la fois assez improbable et très inefficace." Dominique Cardon

"Si, face aux discours surplombants, généralisants et peu documentés, du grand panoptique contraignant, nous essayons de tirer toutes les conséquences du constat que le nouveau régime numérique opère sous la forme environnement/utilité plutôt que sous une forme contrôle/surveillance, il me semble que, animé par une même ambition critique, il est possible de faire un diagnostic et des propositions non pas plus réalistes, mais plus efficaces, pour rencontrer les pratiques effectives des internautes." Dominique Cardon


Les Temps Modernes
Nuit debout et notre monde

"La force du mouvement serait alors d'interroger la démocratie en tant que « signification imaginaire centrale », qui structure l'imaginaire social-historique à travers un ensemble d'autres significations, pour reprendre le vocabulaire de Cornelius Castoriadis. II a beaucoup été objecté que Nuit debout et les « mouvements des places » (La lutte des places) étaient sans prise sur le réel, sans traduction institutionnelle ou politique. Pourtant, si l'on tente de jeter un regard de biais sur ces événements, il devient possible de sonder leur efficacité symbolique comme une dimension qui s'articule au réel et lui donne sens." Arthur Guichoux

« On peut toujours reprocher aux gens de place de la République d'être des lycéens, des jeunes précaires ou des individus qui ne représentent qu'eux-mêmes. Mais c'est l'état général de ce qu'on appelle ici politique qu'il faut prendre en compte. Dans une France rendue amorphe par l'offensive dite néo-libérale, la supercherie socialiste et une intense campagne intellectuelle contre toute la tradition sociale militante, on ne peut se contenter de renvoyer Nuit debout au fait que ce mouvement ne représente pas grand-chose sociologiquement. » Jacques Rancière

"Un "homme debout" ne tient pas debout tout seul". Robert Castel

"Nuit debout c'est juste la forme d'un manque." Pierre

 


JEAN ALLOUCH -ALAI N BADIOU - PI ERRE CHARTIER
DU XIAOZHEN-FRAN ÇOISE GAILLARD-PATRICK HOCHART- PHILIPPE JOUSSET-PHILIPPE D'IRIBARNE
WOLFGANG KUBIN-BRUNO LATOUR-LIN CHI-MING
RAMONA NADDAFF-PAUL RICŒUR-JEAN-MARIE SCHAEFFER - LÉON VANDERMEERSCH

OSER CONSTRUIRE
Pour François Jullien

Le type chinois de connaissance ne porte pas sur un objet (à identifier) mais sur un cours (à suivre). Il ne détermine pas des niveaux d'être, comme la pensée grecque, mais interdit au contraire toute coupure dualiste au sein du réel - à laquelle notre métaphysique doit son avènement même. D'autre part, la source de la connaissance ne se trouve pas dans un sujet détenteur de facultés, mais dans l'aptitude à continuer d'un procès (dont l'idéal, par conséquent, est de ne jamais se laisser bloquer). Jullien qualifie cette logique de processive. On en devine les conséquences, théoriques et pratiques, en cascade: ce sont toutes les paires oppositives, solidaires de la première paire, qui jouent, ou travaillent, différemment: la présence et l'absence, la vie et la mort, le visible et l'invisible ... «Je est passager-inventif (processif), il se garde de l'obtention-fixation. Il est par où de la vie (du désir, de l'intelligence, de l'inquiétude ... ) continue de se promouvoir et de passer, de se recueillir sans s'enliser ». Philippe Jousset


VILLES ECRITES
Pierre Lassave, Jean-François Roullin...

Jean-François ROULLIN, Ville et architecture écrite : de L'auteur au lecteur.

"Aujourdhui, la constitution de la ville ou de l'architecture écrites en tant qu'objet permet de parler de champ identifié, où oeuvrent différentes disciplines. Les différents chercheurs, tout en légitimant ce champ, construisent et étudient cet objet du point de vue de leur discipline propre, par des approches sociologiques, géographiques, architecturales, littéraires, monodisciplinaires ou plus larges. Mais de ces approches, le lecteur est absent. C'est oublier qu'une œuvre est d'abord faite pour être lue par des non-spécialistes, que le premier destinataire nest pas le chercheur. L'article se propose d'introduire le lecteur dans le champ, comme sujet au travers de ses perceptions, et comme acteur parce qu'il est un des moteurs de l'histoire de la littérature. C'est alors non plus seulement se demander ce que la société dit à travers des textes, mais aussi ce qu'elle se dit à elle-même, dans le domaine de la ville et de l'architecture."



SPIELRAUM: W. Benjamin et l'architecture
sous la direction de Libero Andreotti

Préface Jean-Paul Dollé.

"La ville correspond à ce que Benjamin appelle un Spielraum, un espace de jeu mais aussi une marge de manoeuvre. Celle de moments criciaux du passé exploités avec le procédé de l'actualisation pour leur donner une vie nouvelle, hors de l'état de rêve, restitués dans un présent tendu entre souvenir, espoir et présage." L.A.

Jean-Paul Dollé :"D'où la nécessité de réintroduire une discontinuité, une rupture, un choc - pas l'excitation énervée de la foule., mais la véritable expérience poétique fondatrice qui s'émancipe de tous les faux-semblants de la marchandise, d'autant plus présents que les progrès de la technologie produisent en série des fétiches qui hallucinent et satisfont pour un temps les demandes d'individus isolés et déstructurés des foules modernes. L'advenue de l'humain est toujours une sortie hors de l'histoire catastrophique. C'est pourquoi Walter Benjamin associe dans la même admiration les deux insoumis, le poète Baudelaire et le révolutionnaire intraitable Auguste Blanqui, et fait sienne la «fusée» baudelairienne : «L'action est sœur du rêve.
Walter Benjamin, comme le note Hannah Arendt, son amie en butte aux «mêmes sombres temps», est un passeur de temps, car il a «le don de penser poétiquement»."

"La modernité, c'est le transitoire, le fugitif, le contingent, l'à-côté de l'art, dont l'autre moitié est l'éternel et l'incommunicable". Baudelaire


VILLES REBELLES
De New York à Sao Paulo
comment la rue affronte le nouvel ordre capitaliste mondial

Paulo Arantes, Roberto Schwarz, Raquel Rolnik, Erminia Maricato, David Harvey, Carlos Vainer, Mauro Iasi, Mike Davis, Silvia Viana, Joâo Alexandre Peschanski, Felipe Brito, Pedro Rocha de Oliveira, Lincoln Secco, Ruy Braga, Jorge Souto Maior, Venicio A. de Lima, Leonardo Sakamoto, Slavoj Zizek


Venicio A.de Lina: "Indépendamment des raisons, nombreuses et légitimes, qui justifient l'expression démocratique d'une insatisfaction généralisée d'une partie significative de la population brésilienne, on ne peut ignorer la construction d'une culture politique qui disqualifie systématiquement les institutions politiques et les politiciens eux-mêmes. Plus important : on ne peut ignorer les risques potentiels pour le régime démocratique quand c'est cette culture politique qui prévaut.

J'ai eu recours à de nombreuses reprises, au fil des ans, à une observation perspicace du professeur Maria do Carmo Campello de Souza (aujourd'hui décédée) à l'époque de la transition démocratique, encore en cours à la fin des années 1980.

Dans le chapitre « La Nouvelle République brésilienne : sous l'épée de Damoclès », publié dans un volume organisé par Alfred Stepan, elle discute, parmi d'autres, de la question de la crédibilité de la démocratie. Dans les moments de rupture démocratique, afnrme-t-elle, les crises économiques représentent une cause moins lourde que la présence ou l'absence du system blame (littéralement « accusation du système »), c'est-à-dire de l'évaluation négative du système démocratique rendu responsable de la situation.

En citant spécialement les exemples de l'Allemagne et de l'Autriche dans les années 1930, Campello de Souza rappelle que « le processus d'évaluation négative du système démocratique était tellement disséminé que, lorsque certains secteurs voulurent défendre le régime démocratique, ils étaient déjà trop minoritaires pour pouvoir empêcher la rupture ».

L'analyse de la situation brésilienne d'il y a plus de deux décennies semble plus actuelle que jamais. La contribution insidieuse des vieux médias au développement du system blame y était désignée comme l'un des obstacles à la consolidation démocratique. Une longue citation s'impose :

"L'intervention de la presse, de la radio et de la télévision dans le processus politique brésilien demande une étude linguistique systématique du « discours adversaire » à propos de la démocratie, qui s'exprime à travers les moyens de communication. Il nous semble possible de dire [...] que les moyens de communication ont participé d'une manière très nette à l'extension du processus du system blame [...]. Il faut signaler le rôle exercé par les moyens de communication dans la formation de l'image publique du régime, surtout pour ce qui concerne l'accentuation d'un aspect toujours présent dans la culture politique du pays - la défiance enracinée à l'égard de la politique et des politiciens - et qui peut renforcer le manque de crédibilité de la structure de représentation partisane-parlementaire elle-même. [...] Le contenu exclusivement dénonciateur d'une grande partie des informations finit par établir au sein de la société [...] un lien direct et extrêmement néfaste entre la démoralisation de la conjoncture actuelle et la substance même des régimes démocratiques. [...] " "

Leonardo Sakamoto: "Beaucoup de ces jeunes sont mécontents, mais ne savent pas ce qu'ils veulent. Ils savent seulement ce qu'ils ne veulent pas. Dans le moment présent, si agressifs qu'ils soient, une bonne part d'entre eux est en pleine extase, hallucinés par le divertissement que représente le fait d'être dans la rue et par le pouvoir qu'ils croient avoir entre les mains. Mais, dans le même temps, ils ont peur. Car, sommés de rendre compte de leur insatisfaction, au fond, ils ne parviennent à percevoir qu'un grand vide."



A. Badiou, P. Bourdieu, J.Butler, G. Didi-Huberman, S. Khiari, J. Rancière
Qu'est-ce qu'un peuple?

Alain Badiou : Vingt-quatre notes sur les usages du mot "peuple"

19. La classe moyenne est le "peuple" des oiligarchies capitalistes.

21. Nous avons donc deux sens négatifs du mot « peuple ». Le premier, le plus évident, est celui que plombe une identité fermée - et toujours fictive - de type racial ou national. L'existence historique de ce genre de «peuple» exige la construction d'un Etat despotique, qui fait exister violemment la fiction qui le fonde. Le second, plus discret, mais à grande échelle plus nuisible encore - par sa souplesse et le consensus qu'il entretient -, est celui qui subordonne la reconnaissance d'un « peuple » à un Etat qu'on suppose légitime et bienfaisant, du seul fait qu'il organise la croissance, quand il le peut, et en tout cas la persistance d'une classe moyenne, libre de consommer les vains produits dont le Capital la gave, et libre aussi de dire ce qu'elle veut, pourvu que ce dire n'ait aucun effet sur le mécanisme général.

 

 


22. Et enfin nous avons deux sens positifs du mot « peuple ». Le premier est la constitution d'un peuple dans la visée de son existence historique, en tant que cette visée est niée par la domination coloniale et impériale, ou par celle d'un envahisseur. «Peuple» existe alors selon le futur antérieur d'un État inexistant. Le second est l'existence d'un peuple qui se déclare comme tel, à partir de son noyau dur, qui est ce que l'État officiel exclut précisément de «son» peuple prétendument légitime. Un tel peuple affirme politiquement son existence dans la visée stratégique d'une abolition de l'État existant.

23. «Peuple» est donc une catégorie politique, soit en amont de l'existence d'un État désiré dont une puissance interdit l'existence, soit en aval d'un État installé dont un nouveau peuple, à la fois intérieur et extérieur au peuple officiel, exige le dépérissement.

Jacques Rancière: L'introuvable populisme

Car «le peuple» n'existe pas. Ce qui existe ce sont des figures diverses, voire antagoniques du peuple, des figures construites en privilégiant certains modes de rassemblement, certains traits distinctifs, certaines capacités ou incapacités : peuple ethnique défini par la communauté de la terre ou du sang; peuple-troupeau veillé par les bons pasteurs ; peuple démocratique mettant en œuvre la compétence de ceux qui n'ont aucune compétence particulière ; peuple ignorant que les oligarques tiennent à distance, etc. La notion de populisme construit, elle, un peuple caractérisé par l'alliage redoutable d'une capacité - la puissance brute du grand nombre - et d'une incapacité - l'ignorance attribuée à ce même grand nombre. Le troisième trait, le racisme, est essentiel pour cette construction. Il s'agit de montrer à des démocrates, toujours suspects d'« angélisme », ce qu'est en vérité le peuple profond : une meute habitée par une pulsion primaire de rejet qui vise en même temps les gouvernants qu'elle déclare traîtres, faute de comprendre la complexité des mécanismes politiques, et les étrangers qu'elle redoute par attachement atavique à un cadre de vie menacé par l'évolution démographique, économique et sociale. La notion de populisme effectue à moindres frais cette synthèse entre un peuple hostile aux gouvernants et un peuple ennemi des « autres » en général.


Donner lieu au monde :
LA POETIQUE DE L'HABITER
Actes du colloque de Cerisy-la-Salle

Suite à l'Habiter dans sa poétique première, ce livre recueille les actes du colloque tenu en septembre 2009 à Cerisy la Salle. Il s'agit à présent de la création; c'est-à-dire de la poïétique d'un monde autre que l'insoutenable monde actuel. Insoutenable, notre monde l'est puisque non viable écologiquement, injustifiable moralement (car de plus en plus inégalitaire), et inacceptable esthétiquement (car il «tue le paysage»). Dans la réarticulation cosmologique du Vrai (ici l'adéquation de notre mode de vie aux capacités de la Terre), du Bien et du Beau, les auteurs ont donc été invités à imaginer un nouveau poème du monde, au-delà de la modernité qui l'a fait taire en disjoignant les champs respectifs de la technoscience, de l'éthique et de l'esthétique.


"Je crois en effet qu'il faut toujours tenter la communication, c'est-à-dire traduire. Ne pas le faire - émailler ainsi un texte français de termes espagnols, indiens, japonais ou sénégalais sous prétexte de « coller au réel » - dénote chez l'auteur bien autre chose qu'un scrupule scientifique. J'y dénote pour ma part : 1/ une regrettable paresse intellectuelle, 2/ la prétention abusive d'être l'unique détenteur d'une vérité si profonde qu'elle en serait incommunicable dans son propre langage, 3/ outre que cette solution de facilité fait encore de sa prose un patchwork d'une lecture peu confortable. Surtout, 4/ elle n'évite le danger d une relative imprécision que pour tomber dans celui, plus grave, d'emprisonner un concept, une image ou un fait dans le terme qui les désigna d'abord et, au lieu d'abattre le mur du langage, condition première de tout échange intellectuel, de le préserver au contraire, et d'en rendre le signifié rebelle à toute comparaison avec une autre civilisation."Jacques Pezeu-Massabuau

"Ainsi donc le vrai problème pour l'humanité aujourd'hui n'est pas de se retirer dans des niches écologiques et culturelles autarciques, entre lesquelles n'existerait aucune résonance, ni de s'assembler dans une masse plastique, grégaire, uniforme, pour faire un seul corps, car il n'y aurait plus place pour l'Autre et encore moins pour le tiers reliant qu'est la Nature. L'avenir n'est ni à l'éclatement centrifuge en mondes fermés, ni au syncrétisme informe qui veut homogénéiser les différences. C'est en développant, au contraire, une forte « médiance » entre l'homme et son milieu, qu'on peut favoriser des formes d'« empaysement », qui n'est pas enfermement chtonien dans des racines, ni égarement dans une utopie, dans ce qui est « sans lieu », mais qui est création d'une prise, qui donne une assise à la vie." Jean-Jacques Wunenburger

"La rupture des liens entre un monde en projets et le monde en réalité ne vient pas uniquement de la dissemblance entre la parole politique et les faits concrets que l'on nous annonce et qui ne se réalisent pas, mais de la vrai-semblance (Cassin, 2004: 337) des discours, de leur dimension morale, de la vertu des hommes politiques, de leur implication citoyenne." Martine Bouchier

"Voilà précisément le nœud théorique que j'essaye de penser aujourd'hui, où de toute évidence certains modèles d'identité et de similitude sont devenus caducs. Le réel est autrement plus complexe que le champ esthétique qui pourtant aujourd'hui travaille à comprendre les liens des arts avec des disciplines en rupture épistémologique comme la politique, les médias, l'humanitaire, la démographie, la génétique, l'écologie. Ce que nous disent les arts, c'est que l'enjeu n'est plus de se focaliser sur les mécaniques qui rendent possible les liens hiérarchiques, élargis ou « relationnels », mais d'engager une réflexion sur ce que les domaines créent de commun, sur la nature de ce monde hétéroclite non délimité et sans lieu, cette « zone d'expérience », dont l'existence est attestée par les actions, les événements, les représentations et les identités qui la constituent." Martine Bouchier


LIGNES 34

"Les civilisations ne sont pas essentiellement des constructions ordonnées. Ce sont des événements, des inventions, des accidents, des errances. C'est ce qu'on ne pouvait planifier, un métal, un animal, une plante, le passage d'un air jamais respiré, d'une mélodie inouïe. Cela s'est passé bien des fois dans l'histoire et cela reviendra, cela revient déjà comme passent ici ou là, dehors, dedans, entre nous, des Roms qui ne sont ni des gens, ni des hommes, ni des personnes, ni des citoyens, mais des farfadets, des jongleurs, des semi-conducteurs, des borborygmes, des escarbilles, des astéroïdes et parfois, pourquoi pas, même nous, nous tous les Gadjos."
Jean-Luc Nancy

"Le racisme d'aujourd'hui est donc d'abord une logique étatique et non une passion populaire. Et cette logique d'Etat est soutenue au premier chef non par on ne sait quels groupes sociaux arriérés mais par une bonne partie de l'élite intellectuelle." Jacques Rancière


Lignes 25
Mars 2008

Décomposition
Recomposition
Politiques

JL Amselle, A Badiou, MB Kacem, D Bensaïd, G Bensussan, A Brossat, J Dakhlia, JP Dollé, Y Dupeux P Hauser, A Jappe O Le Cour Grandmaison, E Renault

"C'est de lucidité qu'il faut faire règle de conduite. C'est par une réflexion sur les lieux de la politique, et sur ce qui, en ces lieux, se traduit et ne se traduit pas des hors-lieux (faut-il dire des ban-lieues?) des expériences et des affects collectifs, des douleurs et des blessures sociales, que pareille lucidité, politique, a chance d'advenir. Peut-être." G. Bensussan

 

Recherches et pensées contemporaines : Atlan, Castoriadis, Domenach, Dupuy, Feyerabend...
Création et désordre

Je ne pense pas que les hommes se mobiliseront jamais pour transformer la société, surtout dans les conditions du capitalisme moderne, et pour établir une société autonome, uniquement dans le but d'avoir une société autonome. Ils voudront vraiment et effectivement l'autonomie lorsqu'elle leur paraîtra comme le porteur, la condition, l'accompagnement presque, mais indispensable, de quelque chose de substantif qu'ils veulent vraiment réaliser, qui aura pour eux de la valeur et qu'ils n'arrivent pas à faire dans le monde actuel. Mais cela veut dire qu'il faudra que de nouvelles valeurs émergent dans la vie social-historique. Castoriadis

 


ANDRE COMTE-SPONVILLE

ANDRE COMTE-SPONVILLE
Du tragique au matérialisme

"Il s'agit, aujourd'hui, de pouvoir regarder toutes choses sans illusion aucune, et nottamment le néant où tout finit, et de tirer néanmoins, de cette théôria [contemplation] du néant, un certain bonheur - entendant par "bonheur" ce qui fait que l'on se sent un inépuisable courage". Marcel Conche

"Ne pas se raconter d'histoires, disait Louis Althusser, cette formule reste pour moi la seule définition du matérialisme." Je suis comme Clément Rosset: je trouve cette définition "excellente ", et d'autant plus peut-être qu'elle n'en est pas une (elle dit moins ce qu'est le matérialisme que le refus qui y mène). Considérer la nature "sans adjonction étrangère", comme le voulait le vieil Engels, c'est aussi refuser de lui ajouter quelque interprétation ou consolation que ce soit. Matérialisme tragique : aporétique, déceptif, inconsolé. Cela devrait pousser à se méfier des « grands récits », de toutes ces « histoires » qu'on se " raconte " en effet, de toutes ces herméneutiques qu'on ajoute au réel pour lui trouver, prétendument, un sens ! C'est l'usage matérialiste du rasoir d'Occam: ne pas ajouter d'entités idéelles ou idéales, ou du moins - puisqu'on ne peut tout à fait s'en passer - ne pas leur accorder d'autre réalité que celle des mots ou des désirs qui les visent. Cela n'interdit pas d'avoir des idées (puisque cela même en est une), ni de poursuivre, individuellement comme collectivement, tel ou tel but, ni donc d'avoir des idéaux, mais devrait dissuader d'y croire absolument, donc d'y voir autre chose - pour parler comme Spinoza - que des " êtres de raison " ou des " auxiliaires de l'imagination".


ANDRE COMTE-SPONVILLE
L'Esprit de l'athéisme
Introduction à une spiritualité sans dieu

Philosopher, c'est apprendre à se déprendre: on ne naît pas libre; on le devient, et l'on n'en a jamais fini. Mais, dans cette expérience que je dis, la liberté semble soudain réalisée, comme éternellement disponible. C'est peut-être que nul n'est prisonnier que de soi, de ses habitudes, de ses frustrations, de ses rôles, de ses refus, de son mental, de son idéologie, de son passé, de ses peurs, de ses espérances, de ses jugements ... Lorsque tout cela disparaît, il n'y a plus de prison, ni de prisonnier: il n'y a plus que la vérité, qui est sans sujet et sans maître.


ANDRE COMTE-SPONVILLE
MARIE DE HENNEZEL
AXEL KAHN

Doit-on légaliser l'euthanasie?

"L'euthanasie est alors une exception, en effet, qui confirme la règle : respecter la vie humaine, c'est aussi lui permettre de rester humaine jusqu'à son terme.
Ne laissons pas la déchéance ou l'agonie nous faire détester la vie; donnons-nous plutôt les moyens de l'aimer jusqu'au bout."


ANDRE COMTE-SPONVILLE
Pensées sur l'athéisme

"La position de l'athée est d'autant plus forte qu'il préfèrerait le plus souvent avoir tort. Cela ne prouve pas qu'il ait raison, mais le rend moins suspect de ne penser, comme tant d'autres, que pour se consoler ou se rassurer..."

 

"La foi sauve, donc elle ment."Friedrich Nietzsche


MARCEL CONCHE

MARCEL CONCHE
nouvelles pensées de métaphysique et de morale

"Je n'ai pas de valeur morale.
Ce qui fait la valeur de l'homme est la bonne volonté, laquelle consiste à faire ce que l'on doit par devoir. Mais y a-t-il en ce monde un seul acte accompli par pur devoir ? Y a-t-il eu un seul acte de pure bonne volonté ? L'homme, ignorant de lui-même comme il l'est d'autrui, ne peut juger de la valeur morale ni de ses actes ni de ceux d'autrui, et donc ne peut juger ni de sa valeur morale ni de celle d'autrui. Il peut douter « que quelque véritable vertu se rencontre réellement dans le monde »(Kant), et donc il peut douter qu'il y ait lieu de parler de « valeur morale » à propos de l'être humain."


MARCEL CONCHE
Epicure en Corrèze

"J'entends le souffle du vent qui secoue les volets dans ma chambre d'enfant. J'ai 5 ans. Ma grand-mère Marie, tout près, sommeille. La maison est grande, les pièces sont immenses, pleines de vide : mes tantes, sœurs de ma mère, ne sont plus là - l'une est à Paris, l'autre a épousé mon père. Ma grand-mère Marie m'entoure d'un amour protecteur sans faille. Mais qui va me parler ? « Personne », dit le Vent. Le Vent me confirme dans ma solitude, mais pas méchamment. Il secoue les volets - « Je suis là » - mais ne les casse pas. C'est plutôt un ami. Quand on n'a pas d'ami, malgré tout il en faut un ! Alors pourquoi pas le Vent ? J'aime qu'il ne me laisse pas seul avec le Silence - ce silence dont il y a toujours bien assez pour moi."


MARCEL CONCHE
sur épicure

"Cela a un sens, de dire que l'on peut « être épicurien aujourd'hui », car l'on peut vivre aujourd'hui selon les principes d'Épicure : absence de crainte des dieux, absence de crainte de la mort, absence d'intérêt pour les valeurs de la société du toujours plus, goût pour une manière de vivre naturelle (cf. la « sobriété heureuse » de Pierre Rabhi), amour de la philosophie, goût de l'amitié. Dès lors, en effet, que le monde humain n'est pas un vrai monde (cosmos = ordre) donateur de sens où l'individu trouve sa place sans problème, mais un pseudo-monde (où la déraison inhérente au capitalisme sécrète continuellement de l'inhumain) qui rejette l'individu comme de trop (cf. le chômage), l'individu, rejetant la société qui le rejette, se trouve ramené à lui-même et se fait lui-même son monde — un monde où il y a du sens à vivre et où il se trouve heureux."


MARCEL CONCHE
la liberté

Dans le cadre dont je parle, l'amitié lie les esprits et les cœurs ; et se forge une liberté nouvelle, une inflexibilité qui est celle de l'amitié elle-même. Car à travers les amis, l'amitié a une sorte de vie indépendante : qu'un ami veuille la briser et l'amitié résistera.


MARCEL CONCHE
Oisivetés
Journal étrange II

Qu'y a-t-il avant le big bang? Le Principe, la Nature omni-englobante, qui nous « encercle ». « Nous» ? La bulle dans laquelle nous sommes, que l'on peut envisager « comme une sphère, centrée sur nous, d'un rayon approximativement égal à quinze milliards d'années-lumière» (Barrow, p 73) - à savoir la distance parcourue par la lumière pendant quinze milliards d'années. De cette bulle, nous ne pouvons sortir. C'est donc un cachot (cf. « [ ... ] de ce petit cachot où il se trouve logé, j'entends l'univers », Pascal).


MARCEL CONCHE
Orientation philosophique

Le point essentiel est de choisir, parmi toutes les combinaisons, les plus nobles et les plus belles, celles qui portent au plus haut degré la valeur de la vie. Alors le sage est celui en qui la vie a sa plus haute intensité, une vie qui est à la fois dans la proximité et le contraste les plus grands avec la mort. La grande passion, violente et immodérée (incompatible donc avec la sophrosyné) est là à sa place, car elle n'a rien de bas; bien plutôt elle nous délivre de tout ce qui est bas (et peut-être la véritable vie est-elle là : dans la profondeur, le sérieux de la passion extrême ?). La sagesse ainsi réconciliée avec la vie (ce qui mérite ce nom), on peut dire que par la notion de « sagesse tragique» se résout l' « aporie de la sagesse».


MARCEL CONCHE
Analyse de l'amour et autres sujets

"Je n'ai pas de solution définitive à la question de l'homme. Mais j'ai la mienne, toujours réexaminée ; j'ai ma vérité. Elle me permet, ai-je dit, le matin, de vivre jusqu'au soir, et de vivre non pas en me lassant de vivre, mais en assumant résolument la vie, en voulant la vie, c'est-à-dire, selon la leçon d'Héraclite, en voulant, de la vie, à la fois le bon et le mauvais côté, et cela sans plainte, ni récrimination, ni regret, ni prière, mais avec une sorte de gratitude."

" Ceux qui s'aiment, dans le propos dialogique, ne se bornent pas à se dire leurs opinions comme des faits, en espérant une coïncidence de celles de l'un avec celles de l'autre : ils les examinent d'un point de vue critique et avec le souci de la vérité. Il n'y a pas d'amour vrai sans dialogue, et un dialogue inspiré et conduit par la recherche du vrai. Mais de quelle vérité s'agit-il ? Non seulement du caractère de vérité ou de fausseté, du bien-fondé de telles opinions partielles sur des sujets particuliers, mais de la vérité unique et métaphysique sur le fond de laquelle s'inscrivent les opinions particulières. La vérité métaphysique étant l'objet de la philosophie, le dialogue des amants est un dialogue philosophique.
Or, la philosophie existe parce que l'homme meurt. Ceux qui s'aiment vont donc, ensemble, s'interroger sur la signification de la mort pour leur amour, étant entendu que la mort est une fin."

 


MARCEL CONCHE
Ma vie antérieure et le destin de solitude

"Et puis est survenue une mort entre autres, une mort privilégiée, qui m'a révélé ce qu'aucune mort jusque-là, n'avait pu le faire : la mort comme le déconcertant absolu. Ce n'est pas seulement la souffrance de la privation. C'est au-delà : l'horreur du non-être."


MARCEL CONCHE
Le sens de la philosophie

Or, c'est ici qu'il me sera utile d'être membre de la société des philosophes, non en tant que bâtisseurs de systèmes, mais en tant qu'interlocuteurs dans un dialogue. La méditation, qui est ma voie vers la croyance, fut, est aussi la leur. Or, sur quoi méditent-ils ou ont-ils médité? Sur les traits de la condition humaine - condition qui est la mienne aussi. Car douleur, besoin, angoisse, bonheur, malheur, amour, joie, échec, ennui, crainte de la mort, et, également, connaissance ou ignorance, décision ou indécision, etc., tout homme en a quelque expérience, et le philosophe, avant d'être "philosophe", est d'abord un "homme comme un autre". Mais surtout, tout homme est au monde sous le soleil, et le premier qui s'est demandé, laissant de côté les mythes et inaugurant la liberté de l'esprit: "qu'est-ce que cela veut dire?", fut le premier philosophe. Qu'est-ce que cela veut dire, être au monde, dans la clarté du jour? Que faisons-nous là ? Une telle question, par la difficulté d'y répondre, et parce qu'elle peut être celle de tous et de chacun, fait naître immédiatement le besoin de rencontrer ceux qui interrogent de la même façon, pour questionner ensemble. Et de là naîtra un échange d'idées, de suppositions puis d'arguments, un dialogue puis une discussion, qui, sauf par la clôture du système et du questionnement, ne finiront jamais.


MARCEL CONCHE
L'aléatoire

L'évènement de vivre encore - au-delà du moment présent de la vie - est aléatoire; Il n'est pas ressenti comme tel par la plupart des hommes. Il est ressenti comme tel par ceux qui ont l'habitude de se penser dans le temps infini, dans le temps immense de la nature, notamment par les sages."


MARCEL CONCHE
Heidegger par gros temps

" Quant à la réaction absolument intime de "honte" et de douleur de Heidegger devant "Auschwitz", comme résumé de toutes les horreurs, elle n'avait pas à être rendue publique, à supporter la détérioration de la publicité et du bavardage. Mais peut-être Heidegger a-t-il dit à Paul Celan le mot attendu, puisque, après leur rencontre à la "hutte", le poète, au dire des témoins, apparut "métamorphosé" et comme "délivré d'un grand poids".
De mon côté, je me borne à essayer de comprendre."


BORIS CYRULNIK

BORIS CYRULNIK
Les vilains petits canards

"Je suis née à l'âge de 25 ans, avec ma première chanson
-Avant?
-Je me débattais."


BORIS CYRULNIK
De chair et d'âme

En ce début de XXIè siècle, nos récits moralisateurs valorisent plutôt la parité. On met de gros rubans sur les trois cheveux des bébés filles, on habille les nourrissons garçons avec des treillis de combat, et puis soudain, à l'adolescence, on leur dit qu'il n'y a pas de différence entre les sexes et qu'il est immoral de croire en la disparité.

Quand on vous demandera: «Combien y a-t-il de sexes? », vous ne pourrez plus répondre « deux ». Si mon raisonnement vous a convaincu, vous direz qu'il y a des gradients sexuels qui se sont construits sur des fondements biologiques mais ont été tutorisés vers des formes différentes, imaginaires et culturelles.


BORIS CYRULNIK
Les nourritures affectives

En débarquant sur Terre, toute espèce vivante possède une espérance de vie de sept millions d'années. Nous venons donc de naître puisqu'il n'y a que trois millions d'années que nous nous arrachons à l'animalité, que nous marchons sur nos pattes postérieures, que nos mains libérées fabriquent des outils; il n'y a que trente mille ans que nous sommes devenus "savants", que nous nommons nos pères, que nos récits racontent les mythes qui nous façonnent et que nos techniques utilisent les lois de la nature pour échapper à la nature. Nous avons encore droit à quatre millions d'années!
C'est pourquoi il faut redonner la parole aux lions, car l'homme qui vient de naître n'est pas encore hominisé. Peut-être en aura-t-il le temps?


BORIS CYRULNIK
EDGAR MORIN

Dialogue sur la nature humaine

- Edgar Morin: "Je suis persuadé que l'on doit vivre avec l'incertitude. La vie est une navigation sur un océan d'incertitude, à travers des archipels de certitude. Nous sommes dans une aventure collective inconnue, mais chacun vit son aventure. Chacun est certain de sa mort, mais nul n'en connaît la date ou les circonstances. Bien entendu, on risque alors d'être submergé par l'angoisse. A mon sens, la riposte à l'angoisse est la communion, la communauté, l'amour, la participation, la poésie, le jeu...toutes ces valeurs qui font le tissu même de la vie. La question est celle-ci : pensez-vous que nous sommes à une époque historique où l'humanité peut enfin assumer son destin - c'est-à-dire son destin de vivre une aventure inconnue -, ou bien avons-nous toujours besoin de mythes consolateurs et d'illusions formidables pour tenir?"


essai