ECLATS DE LIRE 2020

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La page de Vincent


De 2001 à 2020 Littérature, Poésie...

A , B , C , D , E-F , G , H , I-J , K , L , M , N , O-P, Q , R , S-T , U-V-W , X-Y-Z


De 2001 à 2020 Philosophie...

A , B , C , D , E-F , G-H , I-J-K , L-M , N , O-P-Q , R , S-T , U-V-W , X-Y-Z



JEAN BAUDRILLARD
Entretiens

"Un jour, tout sera culturisé, tout objet sera soi-disant un objet esthétique, et plus rien ne sera objet esthétique...Au fur et à mesure que le système se perfectionne, il intègre et il exclut. Dans le domaine informatique, par exemple, plus le système se perfectionne, plus nombreux sont les laissés-pour-compte. L’Europe se fait, elle se fera, et au fur et à mesure qu’elle se réalise, tout entre en dissidence par rapport à ce volontarisme européen. L’Europe existera, mais l’Angleterre n’y sera pas, les régions n’y seront pas, etc. L’écart ne cesse de grandir entre la réalisation formelle des choses, sous la conduite d’une caste de techniciens, et son implantation réelle. La réalité ne s’aligne plus du tout sur cette réalisation volontariste au sommet. La distorsion est considérable. Le discours triomphaliste survit dans l’utopie totale. Il continue à se croire universel, alors qu’il ne s’accomplit plus, depuis longtemps, que de manière autoréfentielle. Et comme la société dispose de tous les moyens pour entretenir un événement fictif, cela peut durer indéfiniment… "


"Je pense qu'il reste dans chaque homme une forme de vitalité, quelque chose d'irréductible qui résiste, une singularité d'ordre métaphysique qui va même au-delà de l'engagement politique, lequel n'est pas totalement liquidé d'ailleurs. C'est donc du côté du singulier qu'il faut rechercher l'antidote au mondial. Je dois d'ailleurs vous dire que si je n'avais pas la conviction qu'il y avait en l'homme quelque chose qui se bat, qui résiste, j'aurais tout simplement cessé d'écrire. Car ce serait alors se battre contre des moulins à vent. J'ai la conviction que cette chose-là, cette part d'irréductible ne peut pas s'universaliser, se globaliser ou faire l'objet d'un quelconque échange standard. Est-ce que l'homme en fera quelque chose de positif un jour ? Là, on ne peut rien dire. Les jeux ne sont pas faits. Voilà d'ailleurs où réside mon optimisme..."

Jean Baudrillard sur Lieux-dits


JOHARY RAVALOSON
Antananarivo, ainsi les jours

Chroniques ordinaires de Madagascar, nuit, jours, pluie... insurrection...

" À la sortie du tunnel d’Ambanidia, le torrent qui se déversait du ciel nous surprit carrément. Tout était bouché. J’avançais au pas, presque à l’aveugle. Mes maigres phares n’éclairaient que de l’eau. Je fendais on dirait une rivière dans la rue descendant vers Antsakaviro. J’avais de l’eau jusqu’à la garde. Elle ruisselait sur le pare-brise, sur les vitres, et donnait une impression d’intimité précaire à l’intérieur de mon tacot déglingué."


SEBASTIEN MENARD
Notre désir de tendresse est infini

"J’ai un texte là tout près.

(et se répètent comme gimmick dans le break rythmique d’un blues les mots)

Il y aurait des pluies.

Ça commencerait comme ça :

« C’était un soir — et les pluies l’automne s’écroulaient ocres et lents ».

Un blues.

Un blues de l’automne.

Le jazz des pluies d’octobre — le jazz de la fin d’une saison — des routes dessinées à la main — des cartes ouvertes. Le jazz des soirées sombres — le jazz de la mer Égée — le poème du mot bouzouki — le souffle des vents du Caucase.

Un blues des flottes — des bruits de pas dans les flaques — des voix chaudes dans les eaux fraîches. Un jazz des flammes humides — et les doigts pincent des cordes en suant. Un jazz des feux qui dansent et des corps sous les abris.

Un jazz des gouttes de novembre — un blues des ombres ivres — un jazz des hivers attendus — un blues des feux qu’on regarde tenir dans la nuit.

Le jazz dingue de nos corps chancelants — nos tremblés nos virées nos nuits douces et sauvages.

Le saxophone des herbes humides.

Des pas dans le noir.

Une trompette
dans la nuit.

J’ai un texte là
tout près.

Ça finirait comme ça :

« Et sur nos peaux s’écroulaient les pluies qui gouttaient des arbres et des abris. »

Après
c’était faire un feu pour tenir la nuit."

 


JACQUES RANCIERE-AXEL HONNETH
Reconnaissance ou mésentente?

" La méthode de l'inégalité suppose que vous devez partir de tel point pour arriver à tel autre point en faisant tel pas après tel autre. La méthode de l'égalité suppose que vous pouvez partir de n'importe où et qu'il y a une multiplicité de chemins possibles et imprévisibles qui conduisent à un autre point et encore un autre. Il y a une multiplicité de moyens de construire sa propre aventure intellectuelle, mais il y a une décision préalable : la décision préalable qu'on peut le faire parce qu'on a part à une intelligence qui est celle de n'importe qui. L'émancipation implique cette décision première de mettre en acte et de vérifier cette capacité de n'importe qui."

 "Une révolution esthétique, ce n'est pas une révolution dans les arts. C'est une révolution dans la distribution des formes et des capacités d'expérience que les êtres appartenant à tel ou tel groupe social peuvent partager. Elle n'agit pas en forgeant un corps collectif. Elle produit bien plutôt dans le tissu de l'expérience sensible commune une multitude de plis et de failles qui changent la cartographie du perceptible, du pensable et du faisable. Elle permet ainsi de nouveaux modes de construction politique d'objets communs et de nouvelles possibilités d'énonciation collective."


SEBASTIEN MENARD
Soleil gasoil

"Dans cette plaine — les saisons changent la terre c’est la poussière la boue la glace — quand les pluies viennent alors le froid avec les boues — et les chiens sont là tous à longer les murs en béton — et quand les neiges et le froid alors c’est la glace et les chiens — les chiens sont tous à nicher en boule et puis c’est le printemps alors il faut peu de temps pour que tout redevienne poussière et que ça soit tout autour pareil comme un grand nuage jaune brun — alors les chiens — les chiens sont là tous à chercher l’ombre. "

Les routes: "Celle en plein désert — au loin il y a le sable qui se soulève en tornade et le ciel est un mélange de bleu de brun poussière et il fait chaud — ça dépasse les quarante degrés et ça sent le gasoil — ça sent le gasoil et l’huile chaude — ça sent la pisse et les chiens crevés — un camion passe et vacarme — un bruit de ferraille de gomme chaude et de bielles — tu es assis sur les marches et les sacs plastiques et tu ne penses pas."


MAURIZIO DE GIOVANNI
La méthode du crocodile
La collectionneuse de boules à neige
Et l'obscurité fut


KUNDERA
L'identité

“Voilà la vraie et seule raison d'être de l'amitié : procurer un miroir dans lequel l'autre peut contempler son image d'autrefois qui, sans l'éternel bla-bla de souvenirs entre copains, se serait effacée depuis longtemps.”


KUNDERA
La lenteur

"Dans notre monde, l'oisiveté s'est transformée en désœuvrement, ce qui est tout autre chose : le désœuvré est frustré, s'ennuie, est à la recherche constante du mouvement qui lui manque."


KOSTAS AXELOS
L'exil est la patrie de la pensée

"L'art n'est pas l'affaire du beau, et le beau non plus n'est pas ce qui exprime l'art. Il est désormais temps de surmonter la puissance trilogique du vrai (logique), du bien (éthique), du beau (esthétique) et d'affronter une autre ouverture. L'art porte au langage, nous fait voir et entendre l'éclat, souvent trouble, du monde tumultueux. Ce monde est omnitemporel, il connaît des époques, des lieux et des moments privilégiés, mais il connaît aussi des époques plates et insignifiantes. L'art est poétique dans toute son étendue. La poéticité, beaucoup plus que la poésie, anime, traverse et dévoile autant l'art dans son ensemble que tout art particulier. "

"Chaque couple, quel qu'il soit, comporte un troisième personnage, continuellement présent. Le troisième angle du triangle fondamental, c'est la mort. Avec ou sans ami de la femme, avec ou sans amie de l'homme, avec ou sans souvenirs écrasants, paternels ou maternels, avec ou sans enfant, avec ou sans nette perspective d'ouverture, les deux partenaires de chaque couple affrontent constamment une troisième puissance : la puissance de l'absence, le devenir de la négativité, la mort."


 KEITH McCAFFERTY
Meurtres sur la Madison

Les morts de Bear Creek

"Le leurre préféré de Sean était un Crazy Crawler, un bidule à trois hameçons avec des ailes en métal articulées qui s’ouvraient et se refermaient comme celles d’un oiseau blessé quand on le traînait à la surface de l’eau. Il n’oublierait jamais la première fois qu’un black-bass avait avalé le leurre, faisant éclater la surface pierre de lune de l’étang. La secousse provoquée par la prise avait totalement fait dévier Sean du cours normal de sa vie et l’avait projeté dans une dimension faite de sensations et d’urgence, où le temps se comptait en battements de cœur et où les minutes passées ne pourraient jamais être retrouvées en imagination – des minutes qui ne pourraient être revécues que si vous étiez assez chanceux pour en attraper un autre."


MARIA HESSE
Frida Kahlo


"Emmurer sa propre souffrance, c'est courir le risque qu'elle vous dévore de l'intérieur." Frida kahlo

"Je m'appelle Magdalena Carmen Frida Kahlo Calderon. Je suis née le 6 juillet 1907 à Coyoacan, mais je me suis toujours plu à donner 1910 comme année de naissance, non par coquetterie, pour me rajeunir, mais parce que c'était l'année du début de la révolution mexicaine et que je suis la révolution."