ECLATS DE LIRE 2022
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JORGE MAJFUD
L'audace de la critique

Traduction de l'espagnol (Uruguay) de Pierre Trottier, Fausto Guidice, Estelle et Carlos Debiasi

"J’ai toujours pensé que le phénomène des communications, avait mis en relief, à un niveau critique, une obsession historique ou naturelle de l’humanité pour la communication. Quelque chose de pareil à l’impulsion des insectes dans la nuit, qui tournent autour du feu et vont mourir en se brûlant eux mêmes. Enfin, les gens parlent et écrivent, en grande partie, non parce qu’ils ont quelque chose d’important ou de crucial, à dire, mais pour le seul fait, le plaisir ou la nécessité de se sentir en contact, du romancier au médecin ou au mécanicien.
Tout ceci semblerait être quelque chose de très humain : la communion serait le climax de cette impulsion de communication.
[...] Dans ce monde, l’autre s’est multiplié de façon exponentielle et la communion a été proportionnellement diluée avec n’importe qui. L’autre est moins sujet et plus objet, depuis le moment où je peux, comme individu, décider quand l’éliminer. C’est-à-dire à chaque instant je suis protégé par la conscience ou la perception que l’autre ne menacera pas mon espace individuel par une visite inconfortable dont je ne peux pas me défaire. Ainsi, l’autre est sous contrôle. Les jeunes hommes et le vieux étaient là, communiquant avec quelqu’un d’autre, avec beaucoup d’autres, mais leur espace vital, leur individualité étaient protégés par un simple bouton (qui n’est même pas un bouton) capable d’éliminer la présence de l’autre, capable de le mettre entre parenthèse ou de le renvoyer à un temps ultérieur, un temps du calendrier qui dépend de l’individu - isolé-qui-se-communique."

"L’Amérique latine fut un haut lieu de la pensée critique et de la science sociale “pratique” au moins jusqu’aux années 1980. Ensuite, les dictatures militaires et les revers de la démocratie, le remplacement des traditions européennes par l’académie étasunienne ainsi que le rôle déterminant des organismes multilatéraux dans la production du savoir face à l’appauvrissement progressif des universités ont dépouillé la pensée d’une quelconque prétention critique ou – pis encore – de sa prétention à changer le monde."Constanza Moreira


"Si nous visitions aujourd’hui la page de notre chère Université de la République de l’ Uruguay, nous lirons une attitude typique de notre histoire qui s’exprime par des euphémismes : “La population de l’Uruguay est d’origine européenne, surtout espagnole et italienne, sans le préjudice d’autres nationalités, produit d’une immigration à portes ouvertes. Il existe également une présence réduite de la race noire qui est arrivée au pays en provenance des côtes africaines, durant la période de domination espagnole. Quant à la population indigène, il y a plus d’un siècle que les derniers indiens ont disparu de tout le territoire national, ce qui différencie la population de l’Uruguay de celle des autres pays Hispano-américains ...”
La population indigène n’a pas “disparu”; (1) ils ont usurpé leurs terres et ils ont assassinés tous ceux qu’ils ont pu, au nom de la civilisation et (2) n’ont pas disparu comme nous voulons le croire, ils sont là, mélangé d’une certaine manière dans notre sang et niés par notre culture, comme l’étaient les arabes et les juifs niés par l’Espagne impériale, qui a ainsi organisé sa propre décadence.
Bien qu’on ne nous l’a jamais dit à l’école, et qu’on ne le mentionne pas dans la culture publique, le soleil sur notre drapeau, comme celui sur le drapeau argentin, n’est rien d’autre que l’ Inti, le soleil des incas, dans son dessin et dans son origine, sans parler en détail de notre espagnol qui est plein de structures et de mots quechuas, guaranís etc.
Pour sa part, la population noire n’est pas “arrivée” en tourisme sur ce continent, sinon par le biais de la violence de l’enlèvement, par la violence physique et morale. La violence physique est terminée, mais la violence morale continue et nous devrions ajouter, la “violence culturelle”. Plus grave encore, si la violence physique cicatrise souvent rapidement; ce n’est pas aussi facile en ce qui concerne la violence morale comme le démontre la psychologie et l’histoire des peuples. "

"D’accord : Les trois cent ans d’une colonisation monopolistique, rétrograde et fréquemment brutale ont pesé lourd sur le continent latino-américain, ce qui a consolidé dans l’esprit de nos peuples une psychologie réfractaire à toute légitimation sociale et politique (Alberto Montaner a appelé à cette caractéristique culturelle “la légitimité suspecte originale du pouvoir”). "

"Ils se trompent, d’un autre côté, ceux qui croient que ces horreurs ne vont pas se répéter à l’avenir. Cela a été cru par l’humanité depuis des temps antérieurs aux Césars. Depuis ces temps l’impunité ne les pas empêchées: elle les a promues, complice d’une lâcheté ou de la complaisance d’un présent apparemment stable et d’une morale apparemment confortable. "


ALONSO CUETO
Avant l'aube
Traduction de l'espagnol (Pérou) de Aurore Touya


ALONSO CUETO
La passagère du vent

Traduction de l'espagnol (Pérou) de Aurore Touya

 "Au petit matin, quelques prisonniers en provenance des villages étaient arrivés. Les soldats pénétraient fréquemment dans les maisons, arrêtaient ceux qui s’y trouvaient. Ils les emmenaient pour les interroger puis les tuaient, pour qu’ils ne puissent pas raconter ce qu’ils avaient vu. Ils se fichaient de savoir s’ils soutenaient ou non le Sentier lumineux. C’était comme ça, et je ne vais pas te mentir. Le problème, c’est que les prisonniers venaient de là, d’Ayacucho, c’étaient des montagnards, et c’est ce qui les rendait suspects. Ce matin-là, les prisonniers étaient déjà réunis dans la pièce. Certains d’entre eux avaient commencé à frapper contre la tôle, ils tapaient et criaient, pour qu’on les relâche. Puis les soldats étaient entrés pour les rouer de coups. Ils en avaient emmené certains à la baignoire, pour les y plonger. Ils avaient aussi violé et tué certaines femmes. C’était comme ça. "


JOSE MARIA ARGUEDAS
Les fleuves profonds
Traduction de l'espagnol (Pérou) de Jean-François Reille

"Au milieu de l'après-midi, nous arrivâmes au sommet de la chaîne qui borde l'Apurimac. Le nom de ce fleuve signifie :" Dieu qui parle."
Le voyageur le découvre brusquement alors qu'il avait devant lui une chaîne sans fin de montagnes noires et neigeuses. Le fracas de l'Apurimac monte jusqu'aux cimes comme une rumeur jaillie de l'espace.
Le fleuve coule parmi des bois noirâtres et des cannes qui ne poussent que sur les terres brûlantes. Les cannes grimpent le long des flancs escarpés ou se penchent sur les précipices. L'air, transparent entre les cimes, s'épaissit au fond de la vallée.
Le voyageur se trouve subitement devant le fleuve. Le grondement des eaux, la profondeur de l'abîme poudreux, les jeux de lumière de la neige lointaine et les rochers qui brillent comme des miroirs réveillent dans sa mémoire ses souvenirs les plus primitifs, ses rêves les plus anciens.
A mesure qu'il descend dans la vallée, le nouveau venu se sent devenir transparent, comme d'un cristal où vibrerait le monde. Des insectes bourdonnants apparaissent dans la région chaude; des nuages de moustiques venimeux vous piquent des aiguilles dans la figure. Le voyageur venu des terres froides s'approche du fleuve, étourdi, fébrile, les veines gonflées. La voix du fleuve s'enfle; elle n'est pas assourdissante mais exaltante. Elle captive les enfants, leur fait pressentir des mondes inconnus. Les panaches des bois de carrizo s'agitent au bord du fleuve. Le courant avance à l'allure d'un cheval, d'un grand cheval sauvage.
Apurimac mayu! Apurimac mayu! répètent les enfants quechua, avec une tendresse mêlée de crainte."


Ouvrage collectif
Ecrire la domination en Amérique Latine

Françoise Aubès, à propos de José Maria Arguedas dans Les fleuves profonds (Los nos profundos)
"Il nous semble utile de préciser qu'à l'époque où Arguedas écrit l'aspect des villes andines péruviennes, si l'on excepte le centre des plus grandes (Cuzco, Arequipa et quelques autres), n'a rien à voir avec l'urbanisme européen contemporain. Ces capitales de province ou de département ont l'apparence de gros bourgs ruraux construits autour d'une place qui réunit les seuls édifices de l'administration civile (départementale, provinciale et municipale), de la justice (Palais de justice, cabinet d'avocat et prison) et de l'Église (Cathédrale et évêché ou église). La présence des administrations dans les centres urbains contribue grandement à les rendre hostiles aux Indiens. "

"Écrire le monde indien c'est, d'une part, nommer en priorité la hiérarchie sociale qui l'asservit ou le menace. Les termes qui désignent l'asservissement ou le statut de l'indien colono, pongo, concertados, sont accompagnés d'une note de l'auteur ; la présence de notes, peu habituelle dans une œuvre de fiction, implique la réception de l'œuvre et la compétence du lecteur, méconnaissant l'univers andin représenté, mais c'est aussi la caractéristique d'un texte " à la fictionnalité impure". D'autre part, des mots quechuas, sans note explicative, métissent la phrase, résonnant et bruissant, magiques et performa-tifs . L'effet-talisman des mots, illas, amaru, huayronk'o, jette des ponts, des analogies mystérieuses, saisit le monde dans sa plénitude cosmique . Ainsi, l'affleurement de l'imaginaire d'un autre monde socialement dominé et asservi, apporte au roman, genre occidental, une modulation toute particulière."


Ghislaine Delaune-Gazeau , à propos de José Maria Arguedas dans Les fleuves profonds (Los nos profundos)

"Il nous semble utile de préciser qu'à l'époque où Arguedas écrit l'aspect des villes andines péruviennes, si l'on excepte le centre des plus grandes (Cuzco, Arequipa et quelques autres), n'a rien à voir avec l'urbanisme européen contemporain. Ces capitales de province ou de département ont l'apparence de gros bourgs ruraux construits autour d'une place qui réunit les seuls édifices de l'administration civile (départementale, provinciale et municipale), de la justice (Palais de justice, cabinet d'avocat et prison) et de l'Église (Cathédrale et évêché ou église). La présence des administrations dans les centres urbains contribue grandement à les rendre hostiles aux Indiens. "
"Tant que les routes sont restées peu praticables et les transports de masse presque inexistants, c'est-à-dire jusqu'aux années 1950 quand José Maria Arguedas écrit Los nos profundos, ce n'était que contraints et forcés par les circonstances que les Indiens libres, los comuneros, se rendaient au centre administratif, en général pour défendre leur droit à la terre ou pour le service militaire, les autres, los colonos, n'y allaient que pour le service du patron."

"Selon son point de vue [José Maria Arguedas], l'objectif de la fiction n'est pas de chercher à mettre en évidence les conflits dus aux relations de domination existant dans la société péruvienne. Ce qui importe ce n'est pas la victoire finale de la classe dominée sur la classe dominante, de la culture indienne sur la culture d'origine hispanique mais plutôt la reconnaissance réciproque des valeurs de chaque culture afin d'en faire naître une nouvelle dont Ernesto peut être considéré comme un symbole car il réunit les valeurs de chacune. Il sait à la fois cultiver l'amour et les valeurs de la communauté indienne qui l'a recueilli à une certaine époque de son enfance, et l'amour de son père d'origine hispanique dont les leçons guident son adolescence. Le choix spatial de deux villes contribue à mettre en évidence avec acuité non seulement les antagonismes et les relations de domination existant entre la culture héritée de l'ère précolombienne et la culture d'origine hispanique, mais aussi à donner à voir des exemples positifs de leur syncrétisme qui peuvent servir de modèles et laissent espérer la naissance d'une nouvelle société péruvienne."


HERMAN BRAUN-VEGA
Memorios

"Herman Braun-Vega est un peintre péruvien, il développe l’art de la citation picturale. Sa peinture "s'approprie" des références à l’histoire de l’art, mettant en scène des personnages, des paysages, des fruits et légumes de son Pérou natal. Il affirme ses origines métissées à travers une œuvre syncrétique souvent très colorée, parsemée de messages politiques à travers notamment des transferts de coupures de presse. "



JEREMIAS GAMBOA
Tout dire

Traduction de l'espagnol (Pérou) de Gabriel Iaculli

"Comment pouvions-nous prétendre vivre de notre plume dans un pays comme le Pérou ? Prétendre écrire dans un milieu où presque personne ne lit, où il n’y a même pas de maisons d’édition, de suppléments culturels dans les journaux, de gens intéressés par la culture ? Les exemples que Santiago venait de citer étaient autant de preuves que ce n’était pas tant la folie que la précarité économique qui avait fauché en herbe les vocations créatrices. Sur cette conclusion, nous reprenions notre promenade sans plus rien dire, en fumant et en regardant la mer de la baie de Lima sous la lune."


MARTIN MUCHA
tes yeux dans une ville grise
Traduction de l'espagnol (Pérou) de Antonia Garcia Castro

"À Lima le panorama change à chaque rue. La ville est grise. Mais ses contrastes sont sauvages. Sa mer a des falaises. Ce sont deux beaux mots, rythmés. Il faut pourtant souligner un détail : Lima a son propre mur de Berlin. Il ne sépare ni des opinions, ni des religions, ni des choix politiques. Les gens le regardent et ne font pas de commentaires. On n’en parle pas. Je n’ai jamais rien lu à son sujet. On dirait qu’il est là et qu’il n’y est pas. Son acceptation est tacite. C’est une cicatrice ; ce mur long de plusieurs kilomètres situé au sommet des collines de Las Casuarinas. "

"Pour elle, le marron est la couleur de ce qui est ancien."

 " Est-ce que je me souviens comment tout a commencé ? Non. C’est un espace transcendantal. Des heures maudites, une journée radieuse. Une aube chargée d’odeurs d’aisselles. Les visages les plus imparfaits encerclant les matins les plus dissemblables."


ALFREDO PITA
Ayacucho
Traduction de l'espagnol (Pérou) de René Solis

" La nuit n’a pas été très longue. Je me suis réveillé juste avant le lever du jour. Pendant un instant, j’ai cru que j’étais à Beyrouth, en pleine guerre civile, mais la réalité s’est vite imposée. C’était l’Ayacucho que Rafael Pereyra n’avait pas vue, mais qu’il avait parfaitement devinée, celle contre laquelle il avait voulu me mettre en garde. Ayacucho était une sombre réplique de l’enfer, un paysage nocturne gelé parsemé d’enterrements clandestins, de massacres collectifs de pauvres malheureux qui ne savaient même pas pourquoi on les tuait. Luis avait été assassiné quarante-huit heures plus tôt." » (de « Ayacucho (Bibliothèque hispano-américaine) » par Alfredo Pita, René Solis)


YVAN THAYS
Un lieu nommé Oreille-de-Chien

Traduction de l'espagnol (Pérou) de Laura Alcoba


 "Ce qu’il y a de pire à Oreille-de-Chien, c’est le silence.
Un silence chargé de mouches.
Je m’en suis rendu compte tout de suite. À peine avions-nous dépassé la pierre ronde qui souhaite la bienvenue, au bout du chemin poussiéreux et étroit, que j’ai su pour le silence.
Le voyage a été désastreux. Mais quand est-ce que voyager ne l’est pas ? Le bus, sept heures pour atteindre un endroit à proximité d’Oreille-de-Chien, les cahots, la musique tropicale incongrue au milieu des montagnes : autre désastre."


EDMUNDO PAZ SOLDAN
La Vierge du Mal
Traduction de l'espagnol (Bolivie) de Robert Amutio

 " Tandis qu’il avançait du côté de l’entrée bordée de palmiers aux palmes fanées, le silence du lieu l’a ému. Un monstre invisible avait étreint l’édifice jusqu’à l’étouffer, en silenciant le chœur des bruits qui l’éclaboussait tout le long du jour, les insultes des prisonniers, les ordres des gardiens, les cantiques des prédicateurs, les propositions des marchands ambulants, les incitations à parier aux futurs. Les projecteurs des tours d’observation éclairaient partiellement le pénitencier bien que la nuit ne soit pas tombée, comme si par cette lumière on voulait compenser l’absence de bruits."


EDMUNDO PAZ SOLDAN
Norte
Traduction de l'espagnol (Bolivie) de Robert Amutio

"L'exposition était divisée en sujets liés aux obsessions du peintre : cavaliers et chevaux ; paysages ; femmes ; trains et tunnels. Les dessins, énormes, étaient frappants et constituaient une révélation pour moi ; j’avais reconnu auparavant le talent de Ramírez, mais je l’avais vu de la distance à laquelle on peut juger de l’art sans nécessité de le sentir ; je n’avais pas été capable de me hausser à son niveau. Je pouvais trouver des excuses en disant que les reproductions dans les livres et sur la toile ne rendaient pas justice aux œuvres, mais ça ne changeait pas grand-chose. J’ai senti que j’aurais dû écrire quelque chose pour le dossier, que j’avais laissé passer une opportunité.
J’ai admiré la section cavaliers et chevaux, celle qui était la plus fréquentée et qui comportait le plus de tableaux. J’ai fait attention aux détails – les cartouchières chargées de balles, les chevaux qui fixaient le ciel, les lignes parallèles qui encadraient la composition, les couleurs rouge et violet qui dominaient –, j’ai lu les textes qui accompagnaient les œuvres sur les côtés : on connaissait presque trois cents dessins de Ramírez et quatre-vingts d’entre eux avaient à voir avec des cavaliers."

 



Martin Ramirez (1895-1963)


JUAN CARLOS MENDEZ GUEDEZ
Les valises

Traduit de l'espagnol (Vénézuela) par René Solis

"Je l’ai lu sur un tweet : le Guaire est un fleuve qui n’ose pas être fleuve.
Ça sonne bien.
Mais ce n’est peut-être pas ça.
J’y ai pensé ce matin en allant chercher un carton quand en plein embouteillage sur l’autoroute j’ai contemplé ces eaux couleur de miel noir, avec cette puanteur, cette mousse brillante aux reflets indigo, et deux ou trois échassiers d’un blanc éclatant qui levaient les pattes pour laisser passer les rats."


HUBERT MINGARELLI
L'homme qui avait soif

 "Pas d’autres bruits que les machines et le bouillonnement des hélices dans l’eau. Pas une lumière dans le ciel, et bientôt toutes celles d’Aomori finirent par s’éteindre, et les ténèbres enveloppèrent partout l’horizon. N’éclairait qu’une lumière de poupe blanche, accrochée à un mât très court en haut duquel un pavillon s’effilochait."


JACQUES LEBRE
Face au cerisier

"Comme si, élastique, la peau de la terre n’avait pas éclaté sous la poussée des arbres. Comme si elle était restée autour des branches, mais tendue, beaucoup plus fine, presque translucide ; tendant, presque, à la transparence du ciel."

"Rares piaillements éparpillés dans l’espace, isolés dans le temps. On dirait que l’après-midi se désagrège, que ce sont de brefs éboulis. Chacun d’eux comme une glissade irrémédiable, accomplie. "